Une nouvelle fuite d’un brouillon du rapport du GIEC nous apprend que le monde dispose de 4 années pour réduire drastiquement ses émissions de G.E.S, sans quoi l’effondrement du climat sera irréversible.
Après une première fuite du volet « conséquences » de son prochain rapport, des scientifiques du GIEC viennent d’envoyer à la presse le brouillon du 3è volet (« recommandations »).
Le document est à télécharger ici en version espagnole.
Pourquoi ces fuites ? Car ces brouillons sont appelés à être relus et corrigés par des diplomates… et donc édulcorés ! Une partie de la communauté scientifique (le collectif Scientist Rebellion), refuse cette ingérence politique et a choisi de « leaker » la version brute du rapport aux médias.
Lire aussi : Le prochain rapport du GIEC dessine le scénario de l’effondrement
Un pic d’émissions en 2025
Les scientifiques fixent un cap très clair aux gouvernants : plus d’émissions d’ici 2025, et neutralité carbone d’ici 2050.
Sans quoi, le scénario de référence serait celui d’un réchauffement de +3,3 voire +5,4ºC.
Ce qui correspond, en comparaison, à augmenter votre température corporelle de +7°C, c’est-à-dire de choper une fièvre mortelle de 44°C.
Il nous reste 4 ans pour stopper la machine à détruire le climat avant que le réchauffement climatique ne s’emballe.
Pourquoi les objectifs du GIEC ne seront pas atteints
Je vous livre ici mon interprétation des données. Des « optimistes » comme BonPote, pourraient avoir une vision différente.
Mais mon côté, je constate que, pour atteindre ces objectifs, le GIEC demande de stopper la construction de toute nouvelle centrale au charbon ou au gaz, et la fermeture accélérée des centrales existantes.
Or, cette préconisation est totalement contraire à la plupart des programmes industriels des pays développés, et notamment de la Chine. En effet, Xi Jinping vient d’avaliser la réouverture de 15 mines de charbon au Xinjiang… Tout en s’engageant à en “réduire progressivement” l’usage à partir de 2026.
Par ailleurs, atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 exige, selon le GIEC, la mise en œuvre de technologies de séquestration du carbone et d’élimination du carbone (CDR-CCS-BECCS).
Or, ces technos relèvent davantage de la supercherie que de véritables solutions. À ce sujet, je vous renvoie à mon article sur les folies de la géoingénierie.
Ne comptez ni sur les EnR, ni sur le nucléaire !
C’est peut-être la principale nouveauté que contient draft du rapport. Jusqu’ici, le GIEC considérait que les principales voies pour accéder à la neutralité étaient :
- le déploiement massif des énergies solaire et éolienne (actuellement 7 % de la fourniture d’électricité mondiale).
Mais les investissements actuels dans les EnR sont 5 fois inférieurs à ce qui est nécessaire pour maintenir le réchauffement sous la barre des 2°C.
J’ai cru comprendre que ces investissements seraient freinés par d’autres dépenses dans les « technologies de séquestration du carbone » (géoingénierie) ou de nouvelles générations de centrales nucléaires (EPR, fission). Mais cette théorie reste à vérifier, si vous avez des sources, je suis preneur.
- une politique de préservation des forêts et des terres permettant de créer des puits de carbone naturels.
Mais il ne faut pas trop compter là-dessus. Selon le rapport, ces mesures ne pourront pas compenser la lenteur de la réduction des émissions dans d’autres secteurs.
La décroissance : clé du ralentissement du changement climatique
Il transparaît du rapport que :
- la préservation de l’environnement n’est pas compatible avec la croissance économique,
- et seule la décroissance de la consommation d’énergie et de matériaux permettra de stopper l’augmentation des émissions de GES.
Pour ne pas lancer le mot-obus de « décroissance », le GIEC utilise la périphrase de « scénarios où la demande d’énergie est réduite ».
Et pour ne pas braquer les populations, il ajoute que « ces scénarios n’impliquent pas une diminution du bien-être, mais la fourniture de meilleurs services« .
Dans cet article du Guardian, on lit qu’une partie des membre du GIEC reconnaît que le système d’accumulation et de reproduction du capital à perpétuité nous a conduit au point critique actuel. On comprend aussi que la théorie du découplage entre croissance et consommation d’énergie ne serait pas démontrée.
L’économie mondiale doit s’écarter rapidement de la croissance conventionnelle du PIB »
Lire aussi : La décroissance expliquée aux enfants (et aux économistes)
Par ailleurs, les scientifiques dressent (indirectement, entre les lignes) une liste des industries désormais sur la sellette :
- l’aviation (et donc le tourisme international de masse),
- le plastique,
- la globalisation économique (transports maritime, import-export),
- l’élevage de viande (ils prônent une alimentation moins carnée),
- le clouding, le streaming, l’internet des objets, les cryptomonnaies, etc… qui exigent des serveurs informatiques énergivores.
Le problème, c’est les riches !
J’ai noté dans le rapport une statistique qui tue : les 10 % d’émetteurs « les plus riches » contribuent à 45 % des émissions, quand les 10 % « les plus pauvres », ne sont responsables que de 5 %.
Cette affirmation pointe du doigt « les riches des pays riches » comme principaux responsables du réchauffement de la planète – du moins, c’est mon interprétation.
Un peu plus loin, on lit un réquisitoire contre « l’inertie institutionnelle » et le « parti pris social en faveur du statu quo ».
Comment ne pas faire le lien avec la stat’ précédente… et la relecture édulcorante des travaux du GIEC auquel une partie de la communauté scientifique vient de s’opposer en organisant ce leaking.
La version « définitive » du rapport sera publiée en mars prochain.