voyages en effondrement
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“Trop tard pour la transition. Faut accepter l’effondrement” : rencontres à la Ferme Légère

Valérie et Marc habitent la Ferme légère à Méracq (Béarn) : un écolieu ouvert à toutes les bonnes volontés en quête de sobriété et d’autonomie. Ils publient “Voyages en effondrement” (ed. Utopia) : un recit-essai collapso, aussi décalé qu’incisif, qui rappelle l’urgence de construire une résilience collective… et nous invite à l’action !

Ce qu’on explique dans le livre, démarre Marc, c’est qu’il est trop tard pour transformer la société et la rendre soutenable. Si le chantier de la transition écologique avait été entamé dès les années 70, ça aurait été possible. Pour nous, la question n’est plus d’essayer d’éviter l’effondrement, mais de faire avec !“.

Alternant entre l’essai, les arguments scientifiques et le récit d’expériences de terrain, “Voyage en effondrement” espère conduire le plus grand nombre de lecteurs possibles à l’acceptation du collapse et l’action concrète, pour mettre en place des choses et créer des lieux, comme la Ferme Légère, où accueillir et former encore plus de monde. 

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Survivalistes doux

L’une est sophrologue et l’autre rénove des maisons. Ils vivent au cœur du Béarn, avec 6 autres résidents et wwoofers, au sein d’une ferme expérimentale. Survivalistes ? Oui, mais “doux et inclusifs”. 

Leur bâtisse du XVIIIe siècle, rénovée en matériaux récup, est véritable un labo du monde d’après. Ici, on consomme 10 fois moins d’électricité que la moyenne grâce à une isolation par l’extérieur, des panneaux thermiques et photovoltaïques, ainsi qu’un four solaire. “On vit très confortablement, confirme Valérie. On est même mieux chauffés que beaucoup d’autres !

L’eau vient d’un puits et d’un collecteur de pluie. Et le repas a été récolté dans le potager de 2 000 m², des 3 serres de 250 m², du poulailler. Une jument et quelques moutons complètent l’équipage de la ferme. Une sobriété qui permet aux fermiers légers de vivre avec 400 € par mois et par personne, tout compris et sans se priver. Ici, on cherche à réduire son empreinte écologique, pas son plaisir de vivre.

Clin d’œil fun : le site de la ferme légère s’écrit fermelegere.greli.net. Et rien que pour cette private joke spécial permaculteurs (grelinette pour ceux qui n’avaient pas compris), on a envie de s’installer là-bas !  

Savoir relationner

Autour de la grande table, ils sont souvent 4, parfois 8, au gré des arrivées et des départs. Des gens qui viennent d’un peu partout, pleins de mauvaises habitudes de consommation (trop d’eau, trop de gaz, trop d’ordinateur) et qui repartent pleins de bonnes intentions, comme Clément, qui nous avait raconté sa vie à la ferme.  

Des gens en urgence d’apprendre, à qui le système scolaire n’a jamais enseigné l’art d’être autonome et qui doivent s’auto-former pour maîtriser des savoir-faire, mais aussi des savoir-être : des “savoir relationner”, comme dit Valérie.

Car gérer les complications de la vie en communauté n’a rien d’inné : maîtriser son ego, poser les questions qui fâchent, oser dire les choses. Oui, le vivre ensemble s’apprend : certains ont même fait de son enseignement une vocation, comme l’Université du Nous, à qui la Ferme Légère a fait appel.

Le plus : on a découvert sur le site de la Ferme un excellent “Manuel de base de cohabitation en collectif“, Version 4.21. Et ça vaut son pesant de noisettes ! 

Pour autant, “on est loin d’être résilients, avoue Marc. On fait encore pas mal les courses à l’extérieur. Vouloir tout produire sur la ferme est illusoire. Et nous restons encore dépendants aux voitures” (qui sont partagées).

Et puis, ce chantier permanent exige des investissements et donc des sous ! La ferme, organisée sous forme de Société Civile Immobilière (SCI), se cherche donc des associés prêts à mettre au pot. Mais, attention, pas n’importe comment : “entre la première rencontre et une éventuelle prise de parts dans la SCI, il se passera minimum 6 mois”, précise la charte de l’éco-lieu.

2500 km à vélo

Marc est un des co-fondateurs de la ferme. Son idée de départ était de passer de la politique à la pratique. En effet, Marc est un militant écolo de longue date. Mais son groupe « En Transition » créé dans un village de 600 habitants, n’a pas tenu. Cet échec lui a fait prendre conscience que parler ne suffit plus : “l’écologie politique ne marche pas parce qu’elle veut trop donner des leçons aux gens“, plutôt que les aider à changer.

C’est pour cela, pour montrer que le changement réel est possible, qu’il a investi dans la Ferme légère et qu’il s’est engagé, au printemps 2018, dans un tour de France à vélo. Avec Valérie, ils ont parcouru 2500 km et animé 22 conférences autour du thème de « l’effondrement sociétal ».

De ce périple, ils ont tiré un premier livre, dont vous pouvez récupérer une synthèse par ici.

Voyages en effondrement” n’est donc qu’une continuation de leur tour de la question. Une autre façon de démontrer que ce mode de vie est bien trop beau pour être durable.

Passionné de BD, Marc avoue s’être souvent emmerdé à lires les essais “collapsologiques”. “On a donc vraiment essayé de faire un bouquin sérieux sans se prendre au sérieux”.

N’en dites pas plus, on est déjà conquis : nous le magazine qui veut parler d’effondrement avec second degré et sérieux, sans se… bref, vous avez saisi : prenez votre billet pour Voyages en effondrement !

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