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Soirée diapo avec Clément, globetrotteur échoué dans un écolieu béarnais

Partagez le voyage initiatique de Clément, un “premier de la classe” surdiplômé devenu fermier dans une communauté résiliente béarnaise. Un film-diaporama aussi hypnotique qu’inspirant.

Ça fait un petit moment que Clément Osé baigne dans le sujet de l’effondrement et, maintenant, il y flotte à peu près. Cependant, il a “envie d’en parler autrement qu’en imitant Pablo Servigne et Yves Cochet“.

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Tour du monde et de soi

L’histoire de Clément, c’est celle d’un premier de la classe qui entre en rébellion douce contre le système. Parisien, bon élève, diplômé de Sciences Po, il se découvre une passion pour le voyage, l’écriture et la photo, lors d’un séjour au Pérou. Il ne tient pas plus 3 ans derrière un bureau, avant de s’envoler pour un voyage initiatique. Une année, en solo, qu’il conclu par son installation dans un collectif paysan, au fin fond du Béarn.

Quand je suis arrivé à La Ferme Légère (en 2018), explique-t-il, je n’avais jamais entendu parler de collapsologie et 3 résidents partaient pour un tour de France à vélo pour organiser des soirées sur le thème de l’effondrement, histoire de prendre la température dans les milieux écolos“.

Au début, Clément s’est dit que ces gens étaient un-peu-beaucoup complotistes… “et ça m’a pas enchanté“. Et puis, il a regardé et lu des trucs de Servigne, d’Yves Cochet, maté quelques vidéos Next de Clément Monfort et s’est dit “ah ok les mecs n’ont rien inventé, tout ça je l’ai déjà entendu. Mais eux reliaient les points entre les causes, mettaient tout bout à bout et leurs conclusions semblaient logiques“.

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Mes journées n’ont pas été bouleversées par le virus”

Son entrée dans l’effondrisme a donc été progressive. Aujourd’hui encore, il ne crie pas sur tous les toits qu’il est collapso, “ce n’est pas mon identité première, précise-t-il. Même si il faut arrêter de se raconter des histoires et appeler un chat un chat, c’est pas une super entrée en matière pour se faire des potes que d’être un prédicateur de l’apocalypse. Il faut continuer à kiffer sa vie. Je sors le mot effondrement quand le sujet du futur s’invite dans la conversation, ce qui est assez systématique de toute façon“.

À 29 ans, il a donc troqué son master en urbanisme contre un CAP potager dans une ferme peuplée de décroissants-collapsos-autonomistes. Ici, son truc, c’est le foin, le pain et levain… mais aussi l’organisation de réunions sur l’effondrement et le militantisme, “dans une zone qui n’a pas grand chose à cirer de la résilience“. Deux ans que ça dure et Clément a toujours autant envie de s’investir pour ce lieu “malgré des moments difficiles, avec des départs successifs et une petite crise humaine“.

Malgré tout, il n’a pas vraiment vu le COVID-19 passer. “Mes journées n’ont pas été bouleversées par le virus : potager, pain, bricolage… je n’ai quasiment pas vu un masque ou rempli une attestation. Ça nous est passé au-dessus“. Finalement, il n’a manqué de rien… sauf de l’essentiel : les relations sociales. “Voir les amis, recevoir des gens, prendre l’apéro, rigoler, c’est ça la vraie richesse du lieu“.

“Un aller pour la terre”

De ce voyage autour du monde et de lui-même, il tire un millier de photos dont il fait un diaporama de 38 minutes, intitulé Un aller pour la Terre. Il en parle comme d’une bouteille jetée à la mer : “depuis sa mise à l’eau sur youtube il a fait des milliers de vues et il a été repéré par les colibris, le site wwoofing. Télérama a même donné trois T au podcast qui l’a inspiré et ça a fait super plaisir à ma mère !

Depuis, il ne cesse d’écrire : livre, reportages, podcasts, expos, scénarios de docus animalier, ateliers, photos. Son truc : visiter l’intimité, organiser des voyage poétiques, parler de néo ruralité… et d’effondrement.

À ses yeux, nous sommes déjà dedans. Comme la plupart, il ne croît pas au “grand soir”, ni “au truc qui se passe du jour au lendemain comme dans les séries, avec un avant et un après”.

“Je pense que ce qui nous attend c’est une dégradation de plus en plus rapide de la situation : le gouvernement va continuer à réduire les libertés publiques, à augmenter la surveillance des populations, à durcir la violence d’Etat. Il va y avoir des bugs d’approvisionnement dans le système alimentaire avec des choses qui vont manquer dans les supermarchés, une grosse crise financière précipitée par le COVID. Ça va être la Grèce en France. On va avoir de plus en plus de problèmes d’énergie aussi, donc des coupures…“.

Son analyse de la crise sanitaire actuelle est claire : elle a dévoilé notre vulnérabilité, sur un plan sanitaire, alimentaire et sécuritaire. “On a vu que notre survie tenait aux chauffeurs de poids lourds, aux agriculteurs et aux métiers dénigrés“. Clairvoyant, il souligne que :

“ça ne s’est bien passé que parce qu’on était tranquilles niveau énergie… mais la même chose avec du pétrole moins abondant et plus cher, ça risquerait d’être beaucoup plus chaud à gérer”.

Dans un clin d’œil à son passé de networker en lien avec développement urbain en région parisienne, il confirme que “l’arrêt de plein de boulots du tertiaire, sans que cela ne pose de problème, révèle une part importante des bullshit jobs dans le PIB français“.

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Autre paradoxe : l’incapacité de notre société “hyper-technologique surpuissante” à régler une question aussi bête que celle les masques, “qui ne sont pourtant pas des objets compliqués à produire“.

Soudain, il se fait plus grave et prudent. “Je pense qu’il va y avoir des émeutes, une recrudescence de violence“. D’après lui, ce ne sera que dans un second temps seulement que les gens vont commencer “à penser à une autre façon de faire société et à la permaculture“.

Mais, selon lui, tant que leur quotidien ne sera pas trop affecté et qu’ils ne souffriront pas ou n’auront pas faim, “ils chercheront à maintenir leur niveau de confort sauce hyper-consommation et start up nation”. Bref, “l’espoir renaîtra quand on aura bien douillé et que l’impasse sera vraiment évidente pour tous“. Lucide.

Cette perspective le pousse à relocaliser davantage sa vie, ses relations sociales ou ses activités pro d’auteur, photographe et podcasteur, très dépendantes d’acteurs d’échelle nationale et non locale… “et ça, c’est pas méga résilient“. Retrouvera-t-on bientôt ses reportages dans La République des Pyrénées ?

Pour l’instant, Clément a un peu délaissé la promo de son film – sélectionné au festival de documentaire du Grand Bivouac – pour se plonger dans l’écriture d’un livre. Pour lui, l’important, ce sont les emails d’inconnus qui lui racontent leurs questionnements, leurs envies… “ils me disent que le diapo les a inspiré dans leur changement de vie“. Et, parfois, Clément a le plaisir de se dire qu’il a fait un peu avancer le schmilblick.

Mais l’interview se termine… “désolé, ma copine me tanne pour qu’on parte faire un pic nique, il fait beau dans le Béarn, elle a raison“. Allez, à bientôt Clément, en attendant de te retrouver dans les colonnes d’Escape the city !

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