La neutralité carbone : une promesse 100% fake !

À travers le concept ”neutralité carbone”, les industriels nous font croire qu’il suffit d’innover et de « compenser » pour effacer l’empreinte de nos émissions de gaz à effet de serre. Un gros mensonge qui trompe de moins en moins de monde.

Eh oui, Odile : on peut tromper une fois 1000 personnes, mais pas 1000 fois une personne !

Alors, tu sais où tu peux les mettre tes tomates cerises « 100 % neutres en carbone » (merci Azura), ton l’eau en bouteille certifiée neutre en carbone (merci Volvic), ou des colis livrés par le « premier opérateur postal au monde 100 % neutre en carbone » (La Poste).

Par un de ces miracles dont la com’ a le secret, les industriels et les États ont réussi à faire disparaître leurs pollutions derrière deux petits mots : « Neutralité carbone ». De la même façon qu’ils tentent encore de nous vendre leur techno-solutionnisme à coup de « croissance verte » qui créera des milliers d’emplois ! Meuh oui !

Au origines de la neutralité carbone

Depuis l’accord de Paris, ces deux mots sont partout : dans les supermarchés, sur les portières des camions et les pubs de marques de luxe.

Oui, mais personne ne sait ce qui se cache vraiment derrière la « neutralité carbone ». Exactement comme… le développement durable !

C’est d’ailleurs des cerveaux de l’Institut du développement durable et de relations internationales (IDDRI) que le concept a émergé en 2015.

Au départ, on parlait de « neutralité climatique » (un mode de vie ne produisant pas d’émissions nettes de gaz à effet de serre).

Oui, mais voilà, ça manque un peu de chiffres tout ça. C’est trop subjectif. Il fallait un symbole qui soit simple à comprendre. Et quel meilleur symbole que le zéro ?

Alors, après le « zéro matière grasse » (qui signifie bourré de sucre), voici le « net zéro » traduit en français par neutralité carbone.

Au passage, on a simplifié « gaz à effet de serre » par carbone, en zappant totalement le méthane, qui n’est que le 2ème contributeur de G.E.S à hauteur de 20 % environ. Ce qui arrange bien les agro-industriels qui en sont les plus gros producteurs !

Autopsie d’une neutralité carbone

Alors ça veut dire quoi neutralité carbone ?

La loi énergie-climat de 2019 la définit comme « un équilibre, sur le territoire national, entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre ». Et c’est la COP21 qui a prononcé le mot de « compensation » pour en faire un objectif global engageant les États.

À partir de ce moment là, les décideurs économiques et politiques ont tout fait pour vider le concept de son sens, afin de pouvoir atteindre leurs objectifs à peu de frais.

Très vite, les entreprises et les collectivités se sont donc présentées comme “neutres en carbone”, oubliant que la neutralité carbone n’a de sens qu’à l’échelle planétaire !

« Une entreprise ne peut pas atteindre à elle toute seule la neutralité carbone, explique Anne Bringault. Elle peut simplement contribuer à cet objectif global. »

Ils ont aussi oublié de préciser que cette notion de « compensation » était scientifiquement bidon, comme l’a démontré l’excellente écologue Bonnie Waring !

Pourquoi ? Parce que le carbone stocké dans les puits naturels – les forêts par exemple – sera lui-même rejeté dans l’atmosphère par les incendies, l’utilisation de bois de chauffage, ou l’exploitation forestière !

Il ne s’agit donc pas d’une compensation, mais d’une dette carbone !

Soyons clairs : en réalité, la neutralité carbone n’est qu’une façon de maquiller en projets écologiques des investissements à risque dans les forêts et autres « puits de carbone naturels » ou dans les technologies de captage de CO2. Plutôt que de parler de capital risque, les industriels vantent leur volonté de réduire leur empreinte carbone et tentent de redorer ainsi leur blason à peu de frais.

Ça me rappelle ces types qui offrent un fer à repasser dernier cri à leur femme en disant, la bouche en cœur : « tu vois, comme je pense à ton bien être ma chérie » !

Bilan G.E.S

Le génie de l’opération est de transformer la planète en bilan comptable.

Avec une colonne pour les « émissions négatives » et une colonne pour les compensations. Dans les cabinets d’audit, on appelle ça le « bilan GES ». Et quand les 2 chiffres s’annulent : c’est le gros lot et on pécho le label neutralité carbone ! Et le tout sans réduire d’un poil ses émissions directes, et encore moins indirectes, de G.E.S ! Youpi.

Évidemment, pour certifier que leur calcul d’émissions négatives est réaliste, les industriels vont quémander diverses « certifications » auprès de cabinets de conseil peu scrupuleux.

Une pratique qui commence à faire tiquer, en France et ailleurs.

En France, un avis de mars 2021 de l’ADEME critique vertement la logique du « zéro arithmétique », qui n’aurait « pas de sens scientifique ». Il dénonce aussi la logique « d’affichage d’une neutralité carbone (…) à moindre coût, au détriment de la recherche de la réduction des émissions. » Et bim !

Aux Pays-Bas, le CSA local a exigé le retrait d’une campagne de la firme pétrolière Shell. Elle y proposait à ses clients payer 1€ de plus pour « réabsorber le dioxyde de carbone » de leur plein en « plantant des arbres » pour atteindre une « neutralité carbone » individuelle. Pour plus d’info, rendez-vous ici.

Un message jugé trompeur et mensonger par l’université d’Amsterdam, qui a attaqué l’entreprise en justice, l’accusant de « laisser croire qu’il suffit de payer un centime d’euro supplémentaire par litre d’essence » pour se transformer en « conducteur neutre en carbone ».

Cette stratégie marketing est née dans les années 2000, sous la plume des rédacteurs de l’agence de pub Ogilvy & Mather. Dans une campagne pour la firme britannique BP, il twister le concept « d’empreinte carbone personnelle » pour culpabiliser leurs clients !

20 ans plus tard… vous voici confortablement installés dans votre canapé à calculer VOTRE empreinte carbone ! Bravoooo.

« À l’aide du calculateur de vols myclimate, calculez l’empreinte CO2 de votre vol ainsi que le montant qui est nécessaire pour la compensation de CO2 ! ». Mais oui, on a que ça à foutre !

Contre-productif

Pire encore, certains chercheurs pointent le risque que ces investissements s’avèrent, à terme, contre-productifs.

D’abord, ils détournent les industriels de l’objectif premier de réduction de leurs émissions directes.

Maintenant, quand vous lirez un blabla sur la neutralité carbone, vous penserez « 100% compensation = zéro effort de réduction des G.E.S ! ».

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Jeff Bezos, le CEO d’Amazon. Lui n’en a rien à faire de réduire par 6 ses émissions, puisqu’il va tout capturer en construisant plein de tours aspirateur de CO2 et en multipliant par 4 la surface forestière des États-Unis, ou encore mieux, rejetant tout le CO2 dans l’espace ! Mais oui, mais c’est bien sûr !

Ensuite, le dernier rapport du GIEC affirme que « plus les émissions augmentent, moins la planète pourra absorber naturellement ces mêmes émissions ».

Piège dangereux

Bref, d’ici peu, vous aurez beau planter des hectares de forêts, votre pollution continuera à impacter le climat !

Les industriels négligent généralement les effets irréversibles que pourraient avoir leurs émissions sur la biodiversité. En effet, faire pousser des milliards d’arbres exige d’immenses quantités d’eau… alors que les sécheresses se multiplient !

Les scientifiques tentent, en vain, de lancer l’alerte. Comme dans cet article publié par The Conversation, intitulé « Scientifiques du monde entier : le concept de neutralité carbone est un piège dangereux ». Eux prônent davantage le « real zero ». La vraie neutralité carbone, qui passe nécessairement par la décarbonation et la décroissance !

Le saviez-vous ? Le GIEC affirme aussi que l’outil de la compensation est « indispensable » dans la plupart de ses scénarios pour respecter l’accord de Paris à horizon 2030… Un blabla qui semble être le fruit des diverses « relectures diplomatiques » des rapports du GIEC, que certains scientifiques ont récemment tenté de contourner en publiant les brouillons du rapport.

Coucou, voilà la géo-ingénierie !

À peine nommé envoyé spécial pour le climat de Joe Biden, John Kerry affirmait que « la moitié des émissions que nous devons réduire doivent venir, et viendront, de technologies qui doivent encore arriver sur le marché ».

Comprendre : on va tout miser sur la technologie de captage et stockage du carbone (BECCS), de l’hydrogène… Des gadgets présentés comme des solutions miracles. Comme le dit très bien Rob Hopkins, fondateur des Villes en transition, la quête du « net zéro revient à miser sur un paquet de machines pour pomper du CO2 qui n’existent pas encore. Et à reculer l’échéance à 2050. »

Ahhh, la géo-ingénierie, cet art délicat de la manipulation climatique à grande échelle ! Je vous en parle un peu dans cet article.

Évidemment, ça va rapporter bien plus aux industriels que de changer notre mode de vie.

C’est d’ailleurs une des raisons qui ralenti le changement de société. Comme l’expliquent les chercheurs de l’IDDRI, « moins nous atténuons le dérèglement climatique dès maintenant, plus nous augmentons notre dépendance à l’égard d’un déploiement terrestre généralisé des technologies de capture carbone dans les décennies à venir ». Vous voyez où ça nous mène…

La conclusion est sans appel : seule la réduction des émissions de carbone par la réduction des activités industrielles émettrices permettra de ralentir le réchauffement. Et encore, c’est pas sûr !

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