Les grandes villes n’ont pas d’avenir. Fuyez !

La crise du coronavirus a révélé la fragilité des métropoles, notamment au plan de la résilience alimentaire. La ville de 2030 étant déjà en place, il est trop tard pour repenser l’urbanisme et l’aménagement du territoire dans la perspective d’un effondrement de notre mode de vie. C’est pourquoi il faut dès maintenant réinvestir les petites villes ou les gros bourgs. Mais pas n’importe comment.

Demoï

Dans la Grèce antique, le demoï (la cité) contenait 30 000 habitants. L’équivalent de Dole dans le Jura. Aristote lui-même affirmait, dans L’Éthique à Nicomaque que « si dix hommes, en effet, ne sauraient constituer une Cité, cent mille hommes ne sauraient non plus en former une », car ils ne peuvent plus converser entre eux.

Autrement dit, les petites bourgades ont bien plus d’avenir : on y partage plus facilement les responsabilités, on s’y approvisionne en produits locaux, on réduit ses déplacements, etc…

Pour autant, créer une myriade de maisons et de villages dans les campagnes, n’est pas viable ! Il n’est pas question d’urbaniser au détriment des surfaces cultivables.

Le chiffre : en France, 54 000 ha de terres agricoles disparaissent sous le goudron et le béton, chaque année. Ces terres sont remplacées par des maisons et des routes.

De même, les micros-lieux maraîchers urbains ou les potagers familiaux ruraux ne suffiront pas ! Saviez-vous, par exemple, que pour nourrir une ville comme Paris (2 millions d’habitants) il faut 6 fois plus de terres cultivables que la région Île-de-France n’en compte !

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Alors comment on fait ?

La 1ère étape est celle de la déconsommation alimentaire et du locavorisme.

Je pense notamment au choix d’un régime végétarien (ou presque) et à celui d’une consommation réduite de certains aliments lointains (huiles, café, chocolat…).

Le locavorisme, c’est aussi dire adieu aux tomates de Marmande, aux melons de Cavaillon, aux abricots du Roussillon (sauf si on vit en Provence).

On doit encore envisager de remplacer certains produits par d’autres. Par exemple l’huile d’olive par l’huile de chanvre… car, contrairement à l’olive, le chanvre a plusieurs usages (tissu, aliment, huile…).

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La 2e étape exige le « morcellement » des grandes villes en plusieurs villages (comme c’était le cas autrefois).

Un modèle qui se rapproche du communalisme. Dans ce cadre, les expérimentations de maraîchage urbain comme les incroyables comestibles pourront s’épanouir.

Dans le même temps, la débétumisation de pans entiers des villes doit être engagée, afin d’y construire des formes de « cités-jardins ». Un concept imaginé par le génial Ebenezer Howard, dans son utopie To-morrow : A peaceful path to real reform (1898). Cela rejoint les expérimentations de Slow Cities, notamment en Angleterre.

Nous verrons alors renaître les jardins ouvriers et de multiplier les potagers partagés. Les besoins de produits alimentaires venus de loin seront réduits. La qualité sanitaire des aliments augmentera et l’impact environnemental de l’agriculture réduira.

Ce type de projet peut sembler utopique. Il a pourtant déjà été mis en œuvre, notamment dans la ville du Ferney-Votaire (Ain). Une des principales « villes en transition » de France.

La méthode la plus rationnelle est de placer les terres agricoles autour des bourgs, avec, au centre-ville, de petites zones de maraîchage (jardins privés ou collectifs, ou parcs forestiers urbains) à vocation pédagogique et d’oasis de verdure en période de canicule.

La 3e étape consiste à réduire la population des grandes villes au profit des campagnes…

Même si cela doit nous éloigner des cinéma, des bars sympas, des lieux de santé ou de loisirs. Pas question de construire à qui mieux mieux : il s’agit surtout d’occuper les maisons inoccupées, les résidences secondaires délaissées…

Depuis les années 2000 le retour à la terre s’accélère. Mais les néo-ruraux sont rarement des paysans.

Une stratégie locale d’aide à la reconversion dans l’exploitation agricole locale (maraîchage, petit élevage…) doit donc accompagner ce mouvement. Il doit aussi s’accompagner d’un renforcement des transports en commun privés : le covoiturage, les taxibus, bien plus faciles à organiser à l’échelle locale qu’un service de transports en bus ou train.

Cette troisième étape pose deux questions sociales :

  • lutter contre le caractère sclérosant voire étouffant des environnements ruraux en organisant une vie locale riche et dynamique.
  • comment réorienter la main d’œuvre non qualifiée et peu diplômée, vers de nouveaux métiers ?

Pour moi, ce sont là les questions clés sur lesquelles je jugerai les projets politiques locaux et nationaux des prochaines années !

À écouter : #podcast À quoi ressemblera la ville de 2050, avec Sylvain Grisot.

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