Edito : le GIEC devrait recruter des peintres et des poètes

Sans art pour incarner ce que sera un monde en déséquilibre climatique, les rapports du GIEC ne déboucheront jamais sur une prise de conscience populaire. Il est urgent que les scientifiques fassent moins biper les calculettes et davantage vibrer les cœurs !

Si les rapports suffisaient à entraîner les peuples, nous aurions commencé en 1972 avec le rapport Meadows… Un petit livre qui contient DÉJÀ ce que le GIEC ne cesse de répéter depuis 1990.

Pour info : le GIEC vient de sortir le premier volet de son 6e rapport. Deux autres volets sont à venir : un sur les conséquences du changement climatique (c’est celui, apocalyptique, dont le brouillon a fuité et dont je parle ici) et une liste de mesures d’atténuation à prendre. Ces 2 suites sortiront début 2022.

Oui, doc, on sait !

Oui, on sait que le climat est au bord d’un point de bascule.

Ouii, on sait que la hausse des températures est irréversible. On va pas refroidir la planète. Nous pouvons simplement ralentir son réchauffement.

Ouiii, on sait que, pour limiter ce réchauffement, il faut réduire drastiquement nos émissions de G.E.S.

Ouiiiii, on sait que le futur dépend de nos prises de décisions d’aujourd’huiiiiiii.

TU L’AS DÉJÀ DIIIIIIIT.

Et je ne suis pas le seul à me plaindre : Greta Thunberg aussi !

Peine perdue

Que de travail (4 ans) ! D’énergie, de temps, de matière grise (200 experts) et d’argent dépensés pour confirmer une chose qu’on sait depuis 30 ans !

Pour une piqûre de rappel !

Comme si les averses, sécheresses, tempêtes, feux… n’étaient pas des blessures de rappel quotidiennes !

Alors oui, c’est important de démontrer que l’homme est à l’origine de tout ça, de lutter contre la désinformation et les sceptiques.

D’accord, il y a eu plusieurs avancées scientifiques depuis le dernier rapport. Mais pas de quoi modifier l’essentiel.

Ces milliers de pages ne sont que du polissage !

Et quand j’entends « qu’il faut fournir aux gouvernements les éléments scientifiques utiles pour élaborer des politiques »… j’ai envie de rappeler à ces chers experts que depuis la publication du premiers rapport du GIEC en 1990, un milliard-de-milliard de tonnes de CO² ont été émises !

Aller au-delà des chiffres

Lisez le rapport. Bon, ok, juste quelques pages. Le voici en V.O.

Ce texte est d’une froideur… de tombeau !

Alors que les flammes envahissent la Californie, le Canada, la Turquie, le Liban, la Grèce.

Alors que des pluies diluviennes ont endeuillé l’Allemagne, la Belgique.

Alors que la première famine climatique tue à Madagascar… On se gargarise de chiffres, de courbes, de graphiques.

Certains blogueurs geeks se sont même éclatés à créer des nouveaux tableurs pour créer de nouveaux graphiques, diagrammes et autres visuels de nerd.

Et c’est sensé est pédagogique ? Tout ça reste me laisse de marbre !

Il serait temps d’aller au-delà des chiffres et taper avec des mots forts… ce qui n’arrivera jamais au GIEC.

Pourquoi ? Car le second volet du rapport, le plus prospectif, le plus à même de nous faire toucher du doigt ce qui nous menace… va être édulcoré.

Il doit en effet être relu par les délégations (de diplomates) et modifié. D’ailleurs, le “rapport apocalyptique” qui a récemment fuité n’en était qu’un brouillon !

Près de 3200 modifications auraient été demandées, selon Christophe Cassou, directeur de recherche CNRS et co-auteur du rapport (je vous recommande d’ailleurs son interview par ici).

Autant dire que ce qui en ressortira sera aussi insipide, incolore et mou qu’une limace perdue entre deux feuilles de salade.

Cerveau 1, cerveau 2

Pourquoi le rapport du GIEC n’arrivera jamais à la cheville de la conférence de presse de Messi (pour les Amish qui le connaissent pas, c’est un footballeur très très connu).

Pourquoi « l’avertissement le plus sévère jamais lancé » sur le rôle de l’humanité dans le réchauffement climatique (selon Alok Sharma)… est voué à faire un flop ou presque ?

En 2017, j’ai interviewé un neurologue pour parler de psychologie cognitive (ce qui permet aux marketers de vous rendre accro à Tik Tok). Depuis, le gars est parti bosser pour Google. Mais voilà ce qu’ils me disait :

Notre cerveau fonctionne sur 2 niveaux. Le niveau 1 est celui des automatismes (l’inconscient). Le niveau 2 est celui de la réflexion.

Pour obtenir quelque chose d’une personne, il faut lui « promettre un bénéfice » pour « booster sa dopamine ». Sinon, le cerveau passera en « niveau 2 » et se mettra à calculer le rapport effort/bénéfice immédiat pour obtenir la chose (il analysera le prix par exemple). Et, comme notre cerveau est programmé pour fuir la douleur, il n’agira pas.

Donc, la seule façon de faire agir quelqu’un, c’est de jouer sur le plaisir ou la peur. Ce sont les seuls déclencheurs humains de niveau 1.

Le souci, c’est que les gens intelligents n’aiment pas faire appel aux émotions. Ils préfèrent la raison et passent directement au « niveau 2 ». Voilà pourquoi ils ne savent pas se vendre. Ils parlent. On les écoute. Mais on ne fait rien.

Comment rendre le rapport du GIEC émouvant ?

En convoquant des artistes, pardi ! L’art est un outil politique bien plus puissant qu’il n’y paraît.

Car, par sa force d’évocation, l’art devient un outil d’une force inouïe.

L’œuvre d’art est bien plus puissante qu’un discours. Car elle ne s’impose pas. Elle évoque. Elle suggère. Elle émeut. Elle permet à chacun d’appréhender les phénomènes en soi, bien plus profondément qu’un chiffre ou qu’un graphique.

L’artiste a le pouvoir de réveiller la force d’agir qui sommeille dans d’autres âmes. Nietzsche

De l’art, de l’art !

L’art transforme les faits et les chiffres en une expérience intime.

Il transmet l’urgence d’une donnée en urgence vitale. Il permet le passage du niveau 2 au niveau 1 du cerveau.

Un rapport ne fait pas tilt. Il n’éveille par l’émoi. L’art, oui. Roland Barthes disait que l’art ajoute du punctum au studium.

Je traduis ça ainsi : « l’art ajoute du punch aux idées ».

Bref, c’est le meilleur moyen de provoquer une prise de conscience au sein de la population, de susciter l’émotion, la réaction, puis l’action !

Voilà pourquoi le GIEC devrait compter autant d’artistes que de scientifiques !

Et je cherche désespérément un artiste qui saurait transfigurer ces chiffres pour créer une esthétique de la data.

J’ai bon espoir !

Vous souvenez-vous des spectacles de la Cérémonie d’ouverture de la 52e session du GIEC ? Non ? En voici quelques photos !

52e Cérémonie d’ouverture du GIEC, à l’UNESCO

J’ai aussi le souvenir d’une expo de la Cité des sciences et de l’industrie. Le film « Data du futur » : une installation artistique immersive réalisée par Pascal Goblot. Sur un écran de planétarium, sont projetées des modélisations de données, des « datavisualisations » qui donnent à voir le futur tel que les chiffres le dessinent. L’occasion de ressentir, visuellement, la 6e extinction des espèces par exemple…

Et vous ? En avez-vous croisé d’autres ?

Aidez-moi à imaginer un R(ART)PORT du GIEC ! (Je sais, ce titre est nul, mais à cette heure-ci je n’ai plus que ça en magasin !)

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