maman qui pleure

“Qui va garder les gosses !?” Le féminisme survivra-t-il à l’effondrement ?

La chute de cette civilisation emportera-t-elle le féminisme avec elle ? Va-t-on oublier tous les acquis féministes pour revenir au temps où les femmes étaient des machines à laver, contrôlées dans leurs faits et gestes par les hommes ?

Si l’on en croît les séries et romans dystopiques, de The Walking Dead (où les femmes prennent progressivement le lead) à La Servante Écarlate (où la femme est tragiquement réduite au rôle de poule pondeuse), 2 scénarios pourraient semblent se dessiner.

Lire aussi : Comment sauver son couple, quand l’autre s’en fout du collapse ?

L’égalité, ô la muerte !

Dans le premier scénario, la force et l’intelligence de tous·tes sont mis à contribution, sans distinction de genres. Parce qu’on ne peut oublier ces années pré-effondrement où le féminisme était bien présent et où des femmes se montraient aussi compétentes que des hommes… si ce n’est parfois plus. Ce serait nier une Histoire, des faits et une révolution des mœurs.

Et puis, soyons honnêtes : si les hommes retombaient dans le délire sexiste et stéréotypé de l’Homme Fort et de la Femme Faible… ce serait une sacrée guerre civile inter-genre ! Après tout, quand les femmes ont eu besoin de se faire entendre, elles l’ont fait, parfois même, en utilisant des armes telles que… la grève du sexe.

Un peu d’histoires : connaissez-vous Lysistrata d’Aristophane ? Une comédie écrite en -411 avant notre ère. Le tragédien y raconte la grève du sexe des femmes grecques, décidées àfaire cesser la guerre du Péloponnèse. Assez vite, Spartiates et Athéniens se trouvent tous dans un tel état de manque qu’il signent la paix. La pièce s’achève sur un joyeux b…anquet.

Voici une adaptation de la pièce dans son intégralité, par la troupe de l’Université de Chambéry mise en scène en 2017 par Julien MENICI. Musique de Benjamin Rativeau.

Lire aussi : notre hors-série “Résilientes, regards sur l’éco-féminisme” (à télécharger gratis) 

Résistantes

Fiction ou fait réel, cette comédie montre que les femmes ne sont jamais totalement sans défense.

D’autres fictions montrent que les femmes savent aussi apprendre à manier des armes blanches ou à feux, aussi bien que les hommes, s’il le faut. Mulan (qui n’est pas un personnage Disney, mais une véritable guerrière chinoise) l’a fait et ce n’est pas qu’une légende. On pense aussi aux résistantes de la seconde guerre mondiale, de Marie-Madeleine Fourcade à Berty Albrecht, qui ont su prendre les armes et le maquis.

Il y a fort à parier que le slogan des femmes qu’on voudra contrôler sera : “over my dead body !” Une fois qu’on a goûté à la liberté, difficile de lui dire adieu…

Bref, il paraît difficilement concevable de revenir à une société où les femmes ne se révoltaient pas et restaient à la maison pour cuisiner et tomber enceintes. D’ailleurs, aura bien d’autres combats à mener que de rétablir la main-mise des hommes sur les femmes !

Toutes servantes écarlates ?

L’autre scénario envisageable serait que la vie post-effondrement s’organise selon une nouvelle répartition des tâches qui renvoie les femmes à leur fonction de “mère au foyer”; quand les hommes reprendront le chemin les champs, des ateliers ou de la cueillette/chasse. Simone de Beauvoir n’écrivait-elle pas qu’il “suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question” ?

Un peu comme dans la société du début de siècle, si bien dépeinte dans la série Downton Abbey, ou même la Servante Écarlate. Dans les deux cas, l’organisation sociale redeviendrait très stéréotypées : la femme est une cuisinière, une servante, une maîtresse de maison. Les affaires intérieures reviendraient à la femme, quant les affaires extérieures seraient la chose de l’homme…

L’utérus fragile VS la verge érectile. 

Le pitch-minute : La servante écarlate est une sitcom-post-apocalyptique tirée d’un roman de Margaret Atwood publié en 1985 adapté au cinéma en 1990. Sa force : avoir exacerbé le stéréotype de la femme-uterus, en racontant la vie d’une des dernières femmes fertiles… dont le rôle est de se faire féconder par “le maître de maison”, accoucher d’un enfant qui deviendra le sien, puis… changer de maison et tout recommencer. Une société qui deshumanise la femme pour la ramener à un appareil reproductif. Le tout au nom de la sauvegarde de la race humaine. Ici, l’homme exploite la femme comme le capitalisme exploite la terre : sans aucune conscience.

Le principal vecteur d’un retour en arrière quant à la condition féminine serait l’augmentation impunie des violences faites aux femmes, exacerbée en période de crise qui, dans l’histoire, se sont souvent montrées comme des moments propices à la recrudescence des violences intrafamiliales. Leur explosion jusqu’à 300 % au Canada, durant la période de confinement face au Covid-19 le démontre une fois de plus.

Un effondrement brutal pourrait-il provoquer une explosion des violences sexuelles sur fond de guerre civile ? L’étude des conflits aux Bangladesh, au Rwanda ou en Syrie menée par des ONG comme les We Are Not Weapons of War portent à le croire. Renforcer la résilience et préparer les populations, afin d’éviter des conflits civils devient donc une priorité absolue pour les femmes.  

Qui va garder les gosses… et faire la cuisine en même temps ?

Lequel de nos 2 scénarios prendra l’ascendant après l’effondrement ?

Difficile à dire, car de nombreuses questions technico-pratiques viennent brouiller la réflexion philosophique. Ainsi, en absence d’un système médical opérationnel, quel suivi gynécologique pour les femmes ? Et qu’adviendra-t-il de l’avortement ?

Micro-topo : c’est quoi l’écoféminisme ? Né dans les années 80 autour du combat antinucléaire, il associe la domination sociale aux questions environnementales. Leur idée est que les inégalités environnementales accroissent les inégalités de genre, de classe et de race. Toutes est lié. Peu à peu, l’écoféminisme va dénoncer la destruction de la nature par la domination de l’homme (masculin) sur la nature. Elles appellent alors à une transformation du rapport femme-homme vers la coopération, contre la domination. Pour en savoir plus, vous pouvez rejoindre le groupe “Collapsologie et Féminisme” sur Facebook .

Lors d’une conférence organisée par l’association Adrastia, les chercheur/ses Laurence Allard (Université Paris III) et Alexandre Monnin ont tenté d’imaginer comment les femmes vivraient dans 50 ans, dans une société post-effondrement.

Selon eux, nous avons peut-être encore le temps d’assurer une répartition équitable des tâches quotidienne (ménage, potager, cuisine, éducation des enfants…). Par ailleurs, la place de plus en plus visible de femmes à la tête d’organisations, entreprises ou institutions, a d’ores-et-déjà renforcé leur crédibilité et leur expérience.

Surtout, les femmes auront alors un véritable “pouvoir économique”. Et ce pour 2 raisons.

  • contrairement à aujourd’hui, la société post-effondrement survalorisera les métiers relevant du vital (nourrir, soigner, protéger, éduquer…) souvent ultra-féminisés (90 % d’aides-soignantes, 80 % d’infirmières et d’assistantes sociales, 70 % d’enseignantes), alors que la plupart des métiers de management viril auront tout simplement disparu… Une théorie au coeur de l’éco-féminisme contemporain, sous le nom de RECLAIM.
  • la société post-effondrement sera forcément rurale (l’agriculture mécanisée et dépendante du pétrole pourrait bien disparaître). La permaculture aura besoin des bras des femmes… comme ce fut le cas jusqu’au XXe siècle, où les épouses et les filles participaient activement au travail aux champs, à l’égal des hommes. 
femmes et agriculture
Le rappel des glaneuses, par Jules Breton, 1880, Photo RMN-Grand Palais-J. Schormans

Empowerment

Pour autant, les conférenciers s’interrogent : le collapse débouchera-t-il sur l’abolition des genres ? Rien n’est moins sûr.

Tout dépendra du système éducatif dont hériteront les effondrés. Organisera-t-il le retour en force du patriarcat et de la loi du plus fort ? Ou enseignera-t-il aux hommes l’égalité des genres, et aux femmes à vivre en autonomie, par exemple en assurant des formations d’autogynécologie ou en formant les ensemble jeunes femmes et jeunes hommes à s’occuper d’un enfant ?

Selon les deux chercheurs, nous irons certainement vers une mosaïque de situations pour les femmes, selon les communautés dans lesquelles elles se trouvent et la manière dont elles se sont organisé face à l’effondrement.

Il est donc urgent d’accélérer l’empowerment des femmes dans la société. Mais aussi qu’elles s’engagent dans la co-construction de communautés résilientes, afin que les exemples dont s’inspireront le reste de la population portent l’empreinte indélébile du combat et de la pensée féministes.

Une milléniale de 23 ans s’est posé la même question que nous. Voici sa réponse.

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