L’écologie au féminin en 10 portraits : des pionnières à la next generation

zéo sauvage illustratrice
Illustration : Zoé Sauvage

Elles sont scientifiques, artistes, activistes ou tout cela à la fois. Portraits de femmes de tous les continents, qui vouent leur vie à changer l’histoire humaine et le destin de la planète.

Ellen Swallow Richards, scientifique de la vie domestique.

Née en 1842 aux États-Unis, elle sera la 1ère femme à être admise au M.I.T, une chimiste émérite et la fondatrice de « l’économie domestique ».

Son travail sur la qualité des eaux du Massachusetts, déjà polluées par les déchets industriels, a conduit à l’établissement des 1ères normes de qualité de l’eau en Amérique. Elle s’est ensuite intéressée à la qualité de l’air, de l’eau et de la nourriture.

De ses travaux, elle tire une analyse scientifique de la vie domestique, qu’elle publie en 1881 sous le titre de « The chemistry of cooking and cleaning » (jamais traduit). Tout un programme !

ellen richards
illustration par Shaylyn Esposito

Elle y donne des recommandations pour les femmes : comment bien se nourrir, quels vêtements porter pour être plus confortable, comment organiser son temps pour en gagner. Un véritable « manuel de la ménagère libérée », qui pourrait s’avérer bien utile aux dames comme aux messieurs, à l’heure où leurs bras devront remplacer nos si chères machines et robots…

Pour l’heure, ni son livre, ni ses biographies n’ont encore été traduites en Français !

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Rachel Carson, la première lanceuse d’alerte

Dans les années 1960, cette scientifique a prédit le désastre des pesticides, sans jamais avoir été écoutée.

Cette biologiste spécialisée dans l’étude des océans, publie, en 1962 sa fameuse enquête « Un Printemps silencieux », où elle dénonce la toxicité des pesticides et leur impact sur nos corps.

Nous devons commencer à compter les coûts cachés de ce que nous sommes en train de faire.” Rachel Carson

Malgré la force de ses révélations, ce livre restera lettre morte. Pire : les lobbies de l’agro-industrie feront tout pour la discréditer.

Pour l’heure, ses biographies n’ont pas encore été traduites en Français… mais on a dégoté pour vous cette bio “lue” ! 

Françoise d’Eaubonne,  l’écolo du MLF

Décédée en 2005, à 85 ans, cette écrivaine et biographe fut une pionnière du Mouvement de Libération de la Femmme (MLF) dans les 70′ et co-fondatrice du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR).

En 1968, elle animera le groupe « Écologie et féminisme » du MLF et créera, 10 ans plus tard, le mouvement autonome « Écologie-Féminisme », qui fera un flop en France, mais essaimera aux États-Unis.

Sa thèse, selon laquelle « le patriarcat a fait à la fois main basse sur le ventre des femmes et sur les ressources naturelles » est à l’origine de « l’écoféminisme », terme dont elle est l’inventeure.

On vous recommande son premier roman, intitulé « Comme un vol de gerfauts » (1959) et son essai  « Les femmes avant le patriarcat » (1976).

Et pour tou.te.s celleux qui voudraient lancer un mouvement collapso-féministe… regardez plutôt cette conférence !

 

Donna Haraway, penseure du Cthulhucène

Née en 1944, cette biologiste américaine est une poétesse provocatrice.

À la fois scientifique, historienne et philosophe, elle est une des figures majeures du féminisme contemporain. Son travail est émaillé de références à la pop culture.

Si vous êtes pop, vous devez lire son manifeste cyborg intitulé « Des singes, des cyborgs et des femmes » (1985), où elle compare les femmes à des machines-humaines. Les fans du manga Ghost in the Shell, de Mamoru Oshii , comprennent maintenant pourquoi un personnage se nomme « docteur Haraway ».

Avec le terme cthulhucène, je voulais que l’oreille entende le son des terrestres”. Donna Haraway

Sa dernière idée : transformer l’ère de l’anthropocène (dominée par l’homme) en cthulhucène, du nom de la monstrueuse créature cosmique inventée par l’écrivain américain H.P.Lovecraft, pour figurer le monstre de l’urgence climatique qui nous menace.

Si vous souhaitez mieux la connaître (et que vous êtes bilingue), parcourez son dernier livre : « Staying with the Trouble : Making Kin in the Chthulucene » (2018).

Sheila Watt-Cloutier, l’écolo qui venait du froid

Cette militante Inuit (Canada) exige un « droit au froid » pour son peuple, que le réchauffement climatique pourrait détruire.

Elle revendique le mode de vie simple des indiens aux traditions de chasse et de cueillette, et lutte contre le colonialisme du lifestyle nord-américain. À ses yeux, le « bien-être environnemental » doit être un droit humain fondamental.

Découvrez son combat dans son livre : « Le Droit au froid » (2015).

On ne traite les questions d’environnement et de climat qu’en termes politiques, économiques, scientifiques, mais jamais humains.” Sheila Watt-Cloutier

Starhawk, la dernière sorcière

Activiste écolo, militante féministe, maîtresse de cérémonies néopaïennes, chantre de la non-violence… Miriam Simos, alias Starhawk est une « rêveuse d’obscur » qui n’a pas fini d’inspirer la nouvelle génération d’écoféministes.

Depuis les années 1980, elle s’évertue à expliquer que le capitalisme n’est qu’un autre visage de l’inquisition du 16e siècle. Une seule et même idéologie « patriarcale, mécaniste et colonialiste ».

Une pensée puissante, qui fait d’elle une figure tutélaire de l’écoféminisme.

Pour comprendre sa vision, on vous invite à lire son roman de science-fiction « The Fifth Sacred Thing » (1993) qui se déroule en 1948, dans une communauté non-violente Californienne menacée par la milice armée de la multinationale qui contrôle la région. Plus collapso, tu meurs !

Malheureusement il ne semble pas encore avoir été traduit en Français. Vous vous y collez ?

Quannah Chasing Horse, l’égérie Sioux de l’Arctique

Militante pour la défense des droits des autochtones d’Alaska, l’adolescente de 18 ans dénonce les conséquences dévastatrices du réchauffement climatique, 2 fois plus rapide en Alaska qu’ailleurs aux États-Unis.

Elle raconte notamment l’érosion des côtes, qui contraint son peuple à l’exode.

Nous ne devrions pas avoir à dire aux responsables que nous voulons survivre.”  Quannah Chasinghorse

Chasinghorse a récemment reçu le soutien de la suédoise Greta Thunberg et de la militante de l’eau Autumn Peltier. Trois ados qui n’en ont pas fini de faire parler d’elles. Et c’est tant mieux !

écologie et féminisme

Isra Hirsi : On est très sérieuse, quand on a 17 ans

Fille d’Ilhan Omar, élue au Congrès américain, elle a fondé le « Youth Climate Strike », tout en luttant pour la justice raciale et revendique son attachement à un islam réformiste.

Elle a déjà reçu le prix Voice of the Future du Power Women Summit.

Elle a organisé des centaines de grèves à travers les États-Unis au printemps 2019, en solidarité avec la suédoise Greta Thunberg.

 

Jamie Margolin, l’alter-Greta

Jamie est à la nouvelle génération des activistes écolo, ce que Faith est à Buffy The Vampire Slayer : une alter-ego brune, rock & punchy.

À la tête du mouvement Zero Hour lancé sur Twitter, elle a déjà témoigné devant le Congrès américain, discouru devant les Maires des villes du C40 – une assemblée mondiale, dont Anne Hidalgo est devenu la présidente.

« Vous, les adultes, avez déjà vos meilleures années derrière vous. Mais moi, quand j’atteindrai le pic de ma vie, le monde tel qu’on le connaît aujourd’hui sera en train de s’effondrer si on ne réalise pas des actions radicales ». Jamie Margolin

Elle est en contact permanent avec Greta Thunberg, afin de coordonner leurs actions, d’un bord à l’autre de l’Atlantique.

jamie margolin
Jamie Margolin aux MTV Europe Music Awards de 2019

Evguenia Tchirikova, au péril de sa vie

La militante écologiste est à la tête de l’opposition au tracé de l’autoroute Moscou-StPétersbourg confiée à l’entreprise Vinci.

Un combat qui lui vaut aujourd’hui d’être harcelée par les autorités russes au point de devoir quitter Moscou pour l’Estonie. Elle craignait que, sous un faux prétexte, ses enfants ne lui soient retirés par les services sociaux.

Elle a reçu le prix Goldman pour l’environnement, sorte de « Nobel de l’écologie », en 2012.

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