Pour irriter les hommes : un chromosome Y et un peu trop de testostérone

Trop fortes pour être femmes, ces athlètes sont interdites de Jeux olympiques et paralympiques à cause de leur biologie atypique. Zoom sur le cas de Caster Semenya.

Il y a deux catégories lors des compétitions. Celle pour les hommes et celle pour les femmes. Pour les hommes, pas de complication : tous sont acceptés dans la catégorie, sauf les dopés. Pour les femmes en revanche, un deuxième critère rentre en jeu : le taux de testostérone.

Dès les années 30, alors même que les épreuves d’athlétisme féminin viennent d’émerger sur la scène sportive, les femmes font l’objet d’un véritable procès de virilisation en raison de morphologies jugées trop masculines. En 1966, les instances organisatrices des JO mettent en place des “tests de féminité”. Aux tests gynécologiques succèderont les tests chromosomiques et génétiques afin de s’assurer qu’aucun homme ne se cache parmi les sportives, et cela, jusqu’en 1992. Dans les faits, ces cas de triche sont rarissimes. Cependant, plus d’une dizaine d’athlètes se retrouvent exclues, car nées avec des caractères sexuels (génitaux ou chromosomiques) atypiques. C’est le cas de Caster Semenya.

Une coureuse trop puissante

Caster Semenya est une athlète sud-africaine, spécialiste du 800 mètres. En 2009, aux mondiaux de Berlin, ses performances exceptionnelles, qui l’élèvent au rang de championne, font polémiques : on l’a soupçonne immédiatement de tricherie. Des rumeurs se répandent et la sportive jette le trouble sur sa féminité. Les médias prétendent qu’elle est née homme.

Sa vie et son corps déballés dans les médias du monde entier, le cas de Semenya rouvre une boîte de pandore : les tests de féminité. Officiellement abolis depuis les JO de Sydney en 2000, la fédération internationale d’athlétisme y aura recours, de manière officieuse, face aux soupçons de la jeune athlète hermaphrodite, dont le taux de production de testostérone (naturelle) est jugé trop important. Car “la testostérone, qu’elle soit produite naturellement ou introduite artificiellement, offre un avantage significatif en termes de performance” déclare Sébastien Coe, président de l’IAAF. Des propos remis en perspective par l’athlète qui prétend que “pour les hommes on ne catégorise rien, on ne dit pas que tel homme a une testostérone élevée ni qu’il est musclé ou qu’il a de longues jambes. On dit simplement c’est “un athlète incroyable”. L’IAAF dit vouloir protéger les femmes. Mais lesquelles, exactement ?”.

À l’époque, en Afrique du Sud, les supporters feront bloc derrière leur championne du monde du 800 m. “Si elle avait été une Européenne, la question ne serait jamais posée. Pour moi, ce qu’ils voulaient, c’était contester les exploits qu’elle avait accomplis. Il voulait lui retirer son titre de championne en l’accusant d’être ce qu’elle n’est pas“, s’indigne Muditambi Ravele, fondatrice de l’organisation South African Women and Sport.

Traquer la frontière entre hommes et femmes

Historiquement, les organismes gouvernant le sport (et l’athlétisme en particulier), ont eu l’ambition de tracer la frontière entre hommes et femmes par souci “d’équité”. Cette préoccupation est si grande que l’IAAF a convoqué, au cours du vingtième siècle, différentes sciences (anatomie, génétique, endocrinologie) avec comme mission de pouvoir séparer clairement hommes et femmes. L’effet a été opposé : la frontière est de plus en plus floue. Essayer de définir le fait d’être un homme ou une femme par le taux d’une hormone dans le sang implique que de nombreuses personnes se retrouvent entre les deux. Pointons également du doigt que le sport est la seule institution qui se permet de décider à la place de l’individu s’il est homme ou femme, contre son avis.

« Il n’est pas juste qu’on me dise que je dois changer. Il n’est pas juste que les gens remettent en question qui je suis. Je suis Mokgadi Caster Semenya. Je suis une femme et je suis rapide. »

Depuis 2018, World Athletics, la fédération internationale d’athlétisme, impose aux athlètes hyperandrogènes de faire baisser leur taux de testostérone par un traitement hormonal pour pouvoir participer aux compétitions internationales dans la catégorie féminine. Ce que refuse Caster Semenya, qui a plaidé le 15 mai dernier devant la Cour européenne des droit de l’homme, pour “ouvrir la voie” à d’autres athlètes, afin qu’elles ne soient pas “déshumanisées et discriminées“.

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