Emma Haziza : « on est au début d’une situation en train de totalement s’enflammer ». Une hydrologue lance l’alerte


Invitée des “Ateliers des Métamorphoses” organisés par la société Eau de Paris, l’hydrologue Emma Haziza, spécialiste de la résilience des territoires a lancé un vibrant cri d’alarme.

Pour Emma Haziza, la lutte contre les G.E.S et la question des énergies fossiles n’est qu’une partie du combat que nous devons mener. Elle appelle à repenser nos politiques selon le triptyque « eau – alimentation – énergie ». Car les 3 enjeux vont ensemble.

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« On n’est pas dans un scénario de science-fiction »

« Pour faire fonctionner une centrale nucléaire ou thermique, rappelle-t-elle, il faut de l’eau pour le refroidissement. Si on n’a plus d’eau, on n’a plus de biocarburants parce qu’on ne peut plus faire d’agriculture.(…) Cette question, on l’a anéantie. »

Ce constat vaut aussi pour l’alimentation. « L’eau, c’est ce qui permet à la Terre de ne pas ressembler à la Lune et donc à l’humain de survivre. »

Elle regarde la sécheresse qui sévit aujourd’hui en Californie (pour en savoir plus, voici un article sur le sujet) comme les prémisses de ce qui attend la France d’ici peu.

« Il y a deux semaines, raconte-t-elle, je me suis dit, ‘là, on arrive sur des points de bascule’. On a atteint 81,6°C à deux endroits de la planète, au Mexique et en Iran. C’est le record mondial de température terrestre. » Et même si cela ne concerne pour l’instant que l’Inde ou l’Iran, rien ne dit que l’Europe sera épargnée dans le futur.

« En France, explique-t-elle, on vient de vivre 4 ans de sécheresse. (…) Même en ayant connu certains printemps très pluvieux, il suffit de vagues de chaleur successives et une canicule pour qu’on rebascule dans un état de sécheresse. On n’est pas dans un scénario de science-fiction. En France, en 2019, on a connu 42°C à Paris et 46 dans le Gard ! ».

Elle raconte aussi comment, en 2020, dans la Creuse, des mairies ont fait appel à des camions-citernes pour amener de l’eau à la population et aux agriculteurs.

La même année, des centrales nucléaires ont failli surchauffer et ont profité de l’eau des rivières pour refroidir leurs réacteurs.

« On a beau faire des graphiques… On ne sait rien sur ce qui va se passer. »

À ses yeux, l’origine du mal est « le modèle de l’agriculture intensive ». Un modèle qui consomme 93 % de l’eau aux États-Unis et 80 % en Europe.

Pour changer de modèle, « il va falloir amener la recherche sur les territoires et chercher à les transformer ». Oui, mais nous n’avons plus vraiment le temps pour ça.

De même, elle appelle à « préparer les villes à vivre des épisodes exceptionnels de pluviométrie intense [avec] des effets de ruissellement urbain colossaux. Or on n’est absolument pas prêt ! Et c’est pareil pour la sécheresse ! On a pas prévu que le béton est absolument incapable de tenir une température de 46°C ! Il s’effondre ! »

Je ne résiste pas à vous servir le jeu de mots le plus foireux de la décennie (au moins) : alors, qui du système ou de votre immeuble va s’effondrer en premier ?

Pédagogie

Ce qui m’a beaucoup touché dans le discours de Emma Haziza, c’est son appel à « un effort de pédagogie » de la part des écolos.

Je la cite : « il faut aller vers un discours qui ne se centre plus sur une posture de scientifique et parfois un ego surdimensionné, mais sur ce que les gens ont besoin de comprendre ».

Ses paroles m’ont conforté dans mon travail de vulgarisation et de formation du plus grand nombre. Car, selon l’hydrologue – et je confirme – « les gens sont encore persuadés que le changement climatique c’est pour 2050, que le changement de températures c’est pour 2100 ».

C’est presque mot pour mot une phrase de l’intro de mon guide vers le monde d’après.

« Ce qui nous manque, c’est l’audace »

Elle opère aussi une autocritique salutaire en tant que scientifique, lorsqu’elle dit « il faut être humble avec la nature : on ne maîtrise absolument pas les effets domino, parce que la science s’est construite sur des effets de silos ».

En effet, je fustige depuis quelque temps une forme « d’esprit d’ingénierie » qui s’impose au sein de la communauté écolo. Des chiffres, des graphiques, des courbes, des calculs… tout est mathématisé, sous-pesé.

Alors, oui, il faut reconnaître que le discours Jancoviciste a su intéresser les médias : entre vulgarisation scientifique et catastrophisme éclairé, il  fait mouche.

Mais son raisonnement « objectif » a une limite : il parle à la tête, pas aux tripes.

Du moins, pas autant que les mots d’Emma Haziza, lorsqu’elle constate « qu’on n’est pas sur une échelle de 10 ans », ni quand elle explique que, depuis 5 ans, elle suit jour après jour les états de sécheresse et d’inondation dans le monde.

Sa conclusion tombe, brutale : « je pense qu’on est sur une échelle de 3 ans maximum ». La salle se fige. Elle poursuit : « ce n’est pas une question de sobriété, c’est une question d’urgence, parce qu’il y aura des endroits sur Terre où on ne pourra plus vivre ».

D’ailleurs, si la question du « où vivre malgré le collapse » vous intéresse, j’ai mené une enquête sur le sujet.

Je laisserai à l’hydrologue le mot de la fin. « Jusque-là je n’étais pas pessimiste. Je me focalisais sur les solutions, les solutions, les solutions. Mais vous savez quoi ? Le problème n’est pas de trouver les solutions, mais de trouver les solutions pour mettre en œuvre ces solutions. Ce qui nous manque, c’est l’audace ».

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