aisselles

J’ai arrêté le savon y’a un mois, et personne n’a rien senti !

Voici plus d’un mois que notre journaliste ne s’est plus savonné sous la douche. De l’eau, un shampoing sec aux orties, du savon de Marseille pour les mains (Covid oblige). Rien d’autre. Et, à son grand étonnement, personne ne s’est rendu compte de rien ! Retour d’expérience.

Depuis le confinement, je ne cesse de progresser dans la voie de la vie simple et du zéro déchet. Mon nouveau truc ? Ne plus utiliser de gel douche.

Totalement accro à mon vrackeur – l’épicerie en vrac du coin – me voici fort dépourvu quand ses vacances furent venues ! Aucun commerce ami ne pu me satisfaire. Et mon cœur m’interdit de finir chez Leclerc. (Promis j’arrête les Alexandrins).

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Le complot de la savonnette

Un soir, alors que mon dernier bout de savon de Marseille s’en était allé dans le siphon de la douche, je débutais le lecture de La vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’empire de Jérôme Carcopino (Ed Hachette, 1939).

Et, comme par hasard, je tombais sur ce paragraphe : “Puis, tout d’un coup (l’empereur Domitien) décida de se lever et de procéder à ses soins corporels dans une pièce voisine. (…) Et, comme aussi bien, le mot sapo ne désignait toujours qu’une teinture et que l’usage du savon était encore inconnu, sans doute ne s’agissait-il que de tremper dans l’eau fraîche la tête et les mains“.

Je fermais le livre et l’évidence me sauta aux yeux : en 5000 ans d’histoire, le savon a presque toujours été une denrée rare, méconnue, complexe à fabriquer. Un objet de luxe réservé à l’élite, et encore… J’ai récemment découvert que Monsieur de Talleyrand (conseiller du Roi de France puis de Napoléon, puis du Roi…) se décrassait chaque matin avec un couteau d’argent.

Aujourd’hui encore, sentir bon reste un signe extérieur de richesse. Le prix actuel des parfums – qui n’ont rien de coûteux à fabriquer – en atteste (“parce que je le vaux bien“).

Jusqu’alors, je croyais que la démocratisation du savon, au milieu du XXe siècle, était un progrès pour l’hygiène et la santé de tous. Mais je sais maintenant que l’obsession “hygiéniste” de notre société est, avant tout, une bonne grosse opération de marketing au profit de l’industrie cosmétique. Ceci n’est pas un complot facile : j’en ai la preuve… sous mes aisselles !

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Le jour où j’ai arrêté de me prendre pour Cléopâtre

En 1900, la plupart des savons venaient de Marseille et servaient à lessiver les vêtements, draps et autres tissus…

Pour le corps, on se frictionnait avec des cendres, des laits (d’ânesse), des extraits de plantes (saponaire), des huiles, et surtout, surtout… de l’eau ! 

Au regard de la brève histoire de l’humanité, nos gels douches liquides – dont le premier fut créé en 1927 par un certain Schwarzkopf – aujourd’hui bourrés d’isothiazolinone, paraben et autres tensioactifs chimiques, sont des aberrations dermatologiques !

L’industrie est parvenue à nous faire croire que le “c’est le savon qui rend propre” ! Comme si c’était le dentifrice qui nettoyait les dents ! Faux !

Le savon ne fait que dissoudre le film hydro-lipidique qui protège la peau… pour nous donner une impression de douceur. C’est un dissolvant !

Quant au dentifrice, il se contente de blanchir les dents (même si le fluor que certains contiennent peut aider à reminéraliser l’émail et le protéger… ce qu’un peu de bicarbonate de soude saupoudré sur la brosse fait aussi bien !).

Bref, il était temps pour moi de dire adieu au diktat du sent-bon, de la mousse et du menthol.

Le jour même, je bazardais savon, déo et dentifrice, pour ne conserver qu’un shampoing sec aux orties et rejoindre la tribu hirsute mais trendy des No Soap !

Avertissement : si j’ai abandonné le savon sous la douche, je continue de me laver régulièrement les mains avec un vrai pain de savon de Marseille, mon petit secret anti-Covid…

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Concrètement, que s’est-il passé ?!

Eh bien, j’ai simplement continué à me frictionner le corps à l’eau avec les mains – en insistant particulièrement sur les plis. Voilà tout.

Je n’ai rien ressenti de particulier. Certain·e·s, comme ici, ont eu la sensation que des milliards de bactéries prenaient place à la surface de leur peau. D’autres, comme là, ont ressenti une forte odeur le 3 ou 4ème jour, plus plus rien.

De mon côté, ni fumet nauséabond, ni mycose, ni malaise vagal de mon épouse (vous n’êtes pas obligé de me croire sur parole, mais je vous promets que, si je puais, ma femme me l’aurait fait sentir depuis longtemps !)

Je découvrais même que mes petits déjeuners à base de pamplemousse pouvaient se transformer, au fil de la matinée, en un déodorant “effluves d’agrume” tout à fait agréable ! Si, si !

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Luffa, parce que je le frotte bien

La principale conséquence négative et visible de ce changement concernait mes draps et mes vêtements, qui jaunissaient très vite, à cause de la couche de graisse protectrice (le fameux film hydro-lipidique) que le savon ne venait plus assécher.

Soyez donc prêts à modifier votre mode de lavage des chemises et taies d’oreiller (un pré-trempage dans un bain de bicarbonate et vinaigre blanc devrait suffire).

De mon côté, j’ai découvert l’incroyable pouvoir de la cendre de cheminée… un des principaux détachants dans l’histoire de l’humanité (voici d’ailleurs une petite recette de lessive à la cendre de bois, ou “potasse”).

Mais j’ai rapidement remédié à ce problème de peaux mortes grâce à deux méthodes : 

  • au quotidien, je me suis armé d’un Luffa : une éponge végétale rappeuse qui a un effet exfoliant (elle peut aussi servir à récurer la vaisselle)… et surtout qui peut être cultivée dans son potager

  • Une fois par semaine, je pratique un gommage corporel au marc de café (cela peut aussi être fait au bicarbonate) : une fabuleux moyen de recycler le marc de ma cafetière italienne, que je conserve précieusement au sec pendant la semaine avant de m’en badigeonner allègrement le Dimanche ! Autre avantage : le marc de café est connu pour nettoyer naturellement les canalisations ! J’adoooore le café !  

Néanmoins, je dois avouer qu’en l’absence de déodorant, les fins d’après-midi avaient quand-même un petit fumet de soupe à l’oignon. Mais ça, c’était (aussi) avant. 

Heureusement, après quelques essais infructueux, j’ai découvert que le simple fait de passer un demi-citron à peine pressé sous mes aisselles, avant de rincer à l’eau claire du lavabo, permettait à mon épouse et mes enfants de m’enlacer à nouveau sans risque de syncope. C’était la minute secret de beauté.

Une alternative à la méthode du citron ? Pshiiitez vos dessous de bras avec du vinaigre blanc mélangé à de l’eau. Ra-di-cal.

Lire aussi : Notre hors-série “La vie simple, c’est pas compliqué !” (à télécharger gratis).

Conclusion : à mes yeux, le savon est désormais à l’hygiène ce que le Champagne est à la gastronomie. Un rituel rare et luxueux sans grand intérêt… si ce n’est de faire de l’esbroufe. D’ailleurs, je préfère amplement un bon Crémant de Loire à ces Champagnes hors-de-prix, mais ça c’est un autre débat !

Pour en savoir plus : on vous recommande Le savon de la préhistoire au XXIème siècle par Roger Leblanc (Ed. Pierann, 2001).