Fracking USA : vers un collapse américain ? Nos trois scénarios

amérique collapsologie
Divided America by Ian Ransley from the Noun Project

Les élections présidentielles de 2020 ont laissé l’Amérique plus fracturée que jamais, alors que quatre crises (sanitaire, environnementale, économique et sociale) s’abattent sur elle. Tout comme la Rome de Caracalla ou l’URSS des années 80, l’Amérique est au bord de l’implosion. Effondrement économique sous le poids des dettes, panique écologique ou seconde guerre de sécession… quel scénario l’emportera ? Pour le découvrir, on a sondé les internets.

Avant de débuter, deux petits avertissements.

D’abord, la théorie du déclin américain (American Decline) est très controversée, car trustée par l’extrême-droite. Eh oui : le fameux mantra trumpiste “Make America Great Again” est, en fait, une réponse au sentiment de déclin américain très présent chez les red necks des zones rurbaines.

Pour comprendre l’état d’esprit de ces Républicains (en partie trumpistes), je vous recommande de bindgewatcher quelques épisodes du plus déprimant soap de tous les temps, j’ai nommé The ranch, avec le beau Ashton Kutcher et le ténébreux Sam Elliott.

Bref, j’ai galéré à trouver des sources fiables et non-partisanes dont je pourrais sniffer le jus de crâne, sans intoxiquer le mien, ni le vôtre.

Deuxièmement, je ne suis pas là pour jouer les prophètes.

Je ne ferai pas la même ânerie que le politologue russe Igor Panarine, qui prédisait, en 2003, que les Etats-Unis se diviseraient en 4 Etats-nations indépendants d’ici… 2010.

De même, je suis obligé d’écarter le scénario d’une communauté US sauvée et pacifiée par la géo-ingénierie et l’intelligence artificielle. Un scénario ultra-optimiste, que j’ai pourtant régulièrement croisé dans mes recherches.

Une hypothèse que j’écarte, parce qu’elle me semble mise en avant pour des raisons mercantiles. Je m’explique : les cabinets de prospective bossent pour des firmes qui cherchent à placer judicieusement leur argent. Ils doivent donc leur vendre un peu d’espoir, et leur promettre que de nouveaux marchés émergent. Les Cassandres n’intéressent pas les investisseurs.

Je ne pense donc pas faire de cherry picking* en écartant d’office le scénario techno-cornucopien. Disons que je me borne à envisager les thèses les plus réalistes et confirmées par les chercheurs indépendants; même s’il est difficile d’être indépendant, dans ce pays où tout est business.

*la mise en avant des faits ou données qui donnent du crédit à son opinion en passant sous silence tous les cas qui la contredisent.

Autre précision : je ne conteste pas que “l’Amérique ne se laissera pas tuer aussi facilement“, comme l’affirment la plupart des prospectivistes, essayistes et futurologues que j’ai pu lire.

Une image revient souvient dans leurs écrits : celle de la Nouvelle-Orléans, soufflée par l’ouragan Katrina, mais toujours debout. Elle serait un miroir des États-Unis. Une preuve de sa capacité de résilience hors du commun.

Et pourtant… entropie is a beach, bro !

Eh oui : tout corps est destiné à tomber en poussière. Ni les U.S.A, ni même Chuck Norris, ne peuvent lutter contre le second principe de la thermodynamique. L’Amérique n’est pas éternelle et, vu sa situation économique, sociale, écologique et sanitaire… elle serait plus proche de l’anéantissement qu’on ne le croit.

À ce propos, je me suis laissé happer par un récit, publié par Indi Smarajiva sur la plateforme de microblogging Medium. Voici un extrait de ce qu’écrit ce Sri-Lankais : “L’effondrement ne signifie pas que vous mourez là, toute de suite […] L’effondrement est juste une suite de jours comme les autres, qui s’intercale entre deux catastrophes extraordinaires, dont la plupart arrivent à d’autres. Voilà ce que c’est. […] Pour la plupart des gens, c’est juste un jour comme un autre. Un jour où votre seul souci est qu’il n’y a plus de café dans le placard. Où vous tombez sur un meme amusant sur les réseaux sociaux. Mais comment tout pourrait-il s’être effondré, alors que rien ne s’effondre autour de moi !? […] Ouvrez les yeux. Au cours des 3 derniers mois, l’Amérique a perdu plus d’habitants que le Sri Lanka en 30 ans de guerre civile. J’essaye de vous dire quelque chose. J’ai vécu l’effondrement et vous y êtes déjà.”

Maintenant, j’espère que vous êtes bien dans l’ambiance et que je peux commencer à égrener les scénarios catastrophes.

J’en ai défini 3 : the Debt Deep (le gouffre de dettes), the Green Panic et l’U.S.Apartheid (ou la seconde guerre de sécession).

Lire aussi : L’effondrement du Liban, crash-test du collapse ?

Scenario n°1 : THE DEBT DEEP. Probabilité : 30 %

Vous connaissez le nouveau méga-complot imaginé par les trumpistes ? Le voici dans les grandes lignes : la Chine (communiste) a pris le contrôle des Etats-Unis et trafiqué la victoire de Joe Biden. Elle a créé le COVID-19 pour tuer l’économie US, et “racheter” l’Amérique dont elle contrôle la dette.

C’est, du moins, ce que je retiens des délires criards d’Alex Jones, trépidant leader du média de “réinformation” extrême-droitier infowars.com, dont je vous recommande de visionner quelques vidéos, à petite dose.

J’ai notamment adoré comment il concluait chacune de ses diatribes anti-chinoise et/ou anti-Biden par un auto-spot de publicité pour ses compléments alimentaires à base de graine de moutarde ! “En achetant nos produits de grande qualité, vous nous permettez de continuer notre combat pour la vérité… blablabla“. Ce type est un véritable génie du marketing !

Mais, revenons aux faits. Il est vrai que la Chine est désormais le premier créancier des États-Unis, avec un stock d’emprunt d’État de 1.1 milliards de dollars… soit 5 % (seulement) de la dette globale U.S.

Oui, mais… Et si la Chine vendait tout son stock de dette américaine en une nuit ? Cela provoquerait une remontée des taux d’intérêts américains et pourrait noyer le pays sous le surendettement. Oui, mais… la Chine serait la première victime de cette crise.

Alors, je ne vais pas me lancer dans un cours d’économie monétaire, que je serait d’ailleurs bien incapable de donner. Rappelons juste qu’à l’origine de tout effondrement de la valeur d’une monnaie, se trouve un manque de confiance dans la stabilité de cette monnaie.

Pour l’heure, le dollar fait partie du club très fermé des “monnaies de réserve” internationales, avec l’euro, la livre britannique, le yen et le yuan.

Oui, mais… Que se passerait-il si l’Amérique était prise en étau, entre une inflation galopante et un endettement abyssal ? Cette hausse incontrôlable des prix obligerait la Réserve Fédérale à augmenter fortement ses taux d’intérêt. Et à noyer le pays sous le surendettement.
Oui, mais… La Chine n’a aucun intérêt à ce que la monnaie, ni l’économie américaine, ne s’effondrent.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle y perdrait son plus important client !

Bref, à la question “le dollar américain va-t-il s’effondrer ?“, les experts, comme l’économiste espagnol Daniel Lacalle, répondent que c’est une option plausible, à premier vue, mais très peu probable, quand on y regarde de plus près. Pour autant, cela n’empêche pas des cadors de la finance, comme Stephen Roach, économiste et ancien boss de Morgan Stanley en Asie, de prédire un effondrement du dollar en 2021.

Voilà pourquoi, la probabilité de réalisation de ce scénario reste quand même assez élevée, à 30 %.

Pour conclure cette partie, et parce que vous avez été sage pendant la mini-leçon d’économie monétaire, voici le lien vers le saint graal conspirationniste, le “youtube” des complotistes, fondé par Alex Jones, j’ai nommé : banned.video. Mais n’en abusez pas !

Lire aussi : La vérité sur le Fonds de Garantie des Dépôts bancaires

Scenario n°2 : GREEN PANIC. Probabilité 50 %

Selon le North American Environmental Outlook to 2030, publié en juillet 2010 par la Commission for Environmental Cooperation Québequoise, les principales menaces auxquelles devra faire face l’Amérique du Nord concernent l’eau.

D’une part, le rapport souligne les grands risques de sécheresse. On note, par exemple, une désertification de la région des Grandes Plaines et un retour du Dust Bowl…

Les experts pointent que, chaque année, l’Amérique gagne 1,7 millions d’habitants (même si cette croissance ralenti) ce qui, d’ici 10 ans, augmentera de 50 % les besoins en énergie et, surtout, en eau.

D’autre part, plusieurs villes majeures, dont New-York, seraient menacées par la montée des océans d’ici 2050. Dès 2003, le cabinet Global Business Network (GBN) expliquait, dans un rapport au Department of Defense, intitulé “changements climatiques abrupts”, qu’une partie des bases de l’armée américaine étaient exposées à la hausse du niveau des océans. Le reportage qui suit montre l’ampleur de la menace.

J’ajoute que, depuis 2010, les choses ont empiré.

En 10 ans, les Etats-Unis vont vu fondre leurs rendements agricoles du fait de l’épuisement des sols, ont subi des méga-feux de forêts, ont connu une accélération sans précédent de la déforestation… bref, l’Amérique ne croît qu’en détruisant son environnement. Robert Wright dans son essai Nonzero, évoque un “jeu à somme non-nulle” qui affaiblit progressivement le pays. 

Alors, qu’est-ce que cette “Green Panic” ? D’abord, c’est un concept made in Escape The City. Ensuite, c’est un scénario où l’aveuglement des autorités américaines les conduira à prendre de plein fouet une vague de crises environnementales, un tsunami de catas.

Un scénario proche de ce que décrit la première partie du film Interstellar, de Christopher Nolan : un effondrement écologique, avec un bouleversement drastique des conditions météo et des pénuries alimentaires dévastatrices, conduisant la population au bord de la famine.

Malheureusement, le film ne révèle pas la cause de cette dévastation. Il y a une vague référence à une maladie agricole, appelée « le fléau », mais on en sait pas plus. Hollywood ne parvient toujours pas à se poser la question de la crise écologique – trop déprimante – et préfère lever les yeux vers les étoiles pour nous bercer de rêveries geeko-fanstastiques ou fantastico-geek, à vous de choisir.

Lire aussi : La simplicité volontaire, vue depuis la station Deep Space 9 de Star Trek.

Scenario n°3 : U.S.APARTHEID. Probabilité 70 %

L’idée d’un lent mais inexorable flétrissement du système fédéral américain, jusqu’à son implosion, est l’hypothèse présentée comme la plus réaliste par les chercheurs américains, et notamment le futurologue Peter Schwartz, ancien membre de GBN.

Bon, d’accord, cela fait plus de 20 ans que cette thèse est reprise en boucle par tous les essayistes U.S, depuis le succès du livre Is America Breaking Apart ?, publié par John A. Hall et Charles Lindholm en 1999. Depuis, on la retrouve, réchauffée à toutes les sauces. Un exemple parmi des dizaines : le très malin Prius or Pickup ?, de Marc Hetherington et Jonathan Weiler, paru en octobre 2018. Cet essai résume la question des “deux amériques” (un concept que l’on retrouve dès le milieu du XXè siècle, par exemple chez Claude Lévi-Strauss), par 4 questions drôles et concrètes. Très malin comme approche !

Ces différents auteurs racontent à peu près tous la même histoire : l’érosion de la classe moyenne américaine, notamment depuis 2008, accroît les inégalités de manière insupportable.

À ce propos, saviez-vous qu’en 2017, les 1 % des Américains les plus riches contrôlaient près de 40 % de la richesse totale du pays ? Un écart de richesse deux fois plus important que celui qui sévissait dans la Rome antique, à la veille de son effondrement, selon l’historien Gus Lubin.

Mais la comparaison entre l’Amérique et l’Empire Romain s’arrête ici. Non, l’Amérique n’est pas Rome, explique Collen Murphy dans son best-seller Are We Rome ? (2007).

Contrairement à ce que raconte les trumpistes, il n’y a pas “d’invasion barbare”, ni de hordes de bad ombres traversant la frontière mexicaine pour voler et violer l’Amérique.

En réalité, pour l’heure, le principal ennemi de l’Amérique est intérieur : il est constitué de old-white-males, de red necks à pick-up, de survivalistes armés, souvent racistes, adeptes du complot Qanon et prêts à déclencher une seconde guerre civile. On les a vu se masser, en armes, devant les bureaux de vote lors du dépouillement, dans la nuit de 5 au 6 novembre 2020.

Au fait, saviez-vous qu’un américain sur 4 ignore que la terre tourne autour du soleil et pense que la terre est plate ? Voilà, voilà.

Les futurologues considèrent que, d’ici 2050, les hispaniques et les noirs représenteront près des deux tiers de la population américaine et que les blancs seront en minorité.

Cette situation multipliera les conflits raciaux, les politiques identitaires et de ségrégation, auxquels le système fédéral ne survivra pas.

Ajoutons à ce mélange deux ingrédients qui font boom !

D’abord, une bonne rasade de crise économique qui réduit les rentrées fiscales et ne permet plus de financer l’échelon fédéral devenu top coûteux.

Ensuite, une overdose de corruption des décideurs politiques américains, déjà dénoncée par des Républicains populistes, notamment Ken Buck dans Drain the Swamp: How Washington Corruption is Worse than You Think (2017), mais aussi par l’ONG Transparency International dans son rapport 2018.

Et voilà, vous avez un cocktail digne de l’Allemagne des années 1930, prête à s’embraser à la moindre étincelle.

Et pourquoi pas un scénario “3 en 1” ?

Jamais Cascio de l’Institute for the Future (IFTF), fait quand à lui un lien entre mes 3 scénarios. Il a imaginé, dans une note de l’IFTF, qu’une “longue crise”, sorte de tempête globale emporterait l’humanité dans une série de catastrophes environnementales. Elle conduirait l’Amérique à la banquerouté d’ici… 2023. S’en suivrait une famine mondiale, lors de laquelle les Etats-Unis se fragmenteront en 8 territoires indépendants et rivaux.

Bon, pour conclure sur une touche un peu plus légère, il faut espérer qu’il restera encore quelques Sioux, Amish et Mormons pour accueillir les rescapés dans leurs villages et leur réserves…