batho decroissance

Pourquoi personne ne vote pour la décroissance (et comment changer ça) ?

L’Institut Momentum a publié une étude intitulée « Faire campagne pour la décroissance : retours critiques d’expérience ». Elle analyse la campagne de Delphine Batho aux primaires écologistes (et au-delà) et se demande comment faire gagner la décroissance aux prochaines élections.

C’est quoi la décroissance, concrètement ?

L’étude de l’Institut Momentum et la discussion qui s’en-suit (Source de l’étude) ont l’intérêt de définir concrètement quelles sont les priorités des promoteurs de la décroissance. J’ai tenté de les résumer ici, avec mes propres mots.

Priorité n°1

La réduction de la consommation de la population, par une évolution des comportements individuels. Cette transition doit être aidée par des politiques publiques.

Exemples : des aides à l’isolation de tous les logements, des politiques de lutte contre l’artificialisation des sols, une réduction drastique des protéines animales dans les cantines, une réforme totale de la politique agricole pour réduire la production de viande (reconversion), réglementation draconienne des plate-formes de commerces en ligne, défense des cœurs de villes et petits commerces, la création d’un super taux de TVA sur des produits de luxe, certains véhicules ou aliments, etc…

ATTENTION : ces exemples sont inspirés d’autres lectures et ne sont pas dans l’étude.

Priorité n°2

La sortie des énergies fossiles et une ressource énergétique 100% renouvelable. Cette transition nécessite des investissements colossaux qui sont aujourd’hui en partie absorbés par la R&D sur une nouvelle génération de centrales nucléaire.

Le nucléaire n’étant pas considéré comme « renouvelable » (contrairement à l’aberrante taxinomie européenne), la priorité est la réduction drastique de la consommation d’énergie électrique en réduisant les besoins à la source (meilleure isolation des bâtiments, lutte contre l’éclairage inutile, interdiction des climatiseurs…)

#Dontlookup

Le rapport pose ensuite un constat important que je vais tenter de synthétiser : même si les scientifiques appellent à sortir du dogme de la croissance pour préserver le climat et la biodiversité, la société ne semble pas prête à changer de trajectoire.

Pourquoi ? Parce que nos dirigeants politiques et économiques sont des « obsédés de la croissance ». Ils fondent davantage leurs décisions sur des mythes que sur des faits concrets.

Un exemple : dans ses rapports, le groupe RTE (Réseau de transport de l’électricité qui entretient les centrales nucléaires françaises) considère que 2040 sera comme aujourd’hui, notamment en termes de météo. C’est absurde !

Dans le même temps, l’étude souligne qu’une bonne partie des citoyens partagent un sentiment de « perte de sens », associé à un « besoin de ralentir, de renouer avec le vivant… » et une volonté de rompre avec le consumérisme.

La preuve : les outils d’éducation populaire comme « la fresque du climat » connaissent un franc succès !

Bref, la société semble prête à la décroissance, mais ne la pratique pas.

Ce qui manque au projet décroissant, ce sont les « nouveaux imaginaires désirables ». C’est un nouveau récit, une autre vision de l’avenir, qui permettrait d’entraîner les citoyens, de les mobiliser.

La décroissance désirable. Connecter la notion de « décroissance », à l’idée de « la vie bonne ». Voilà le challenge.

Les écolos ont sous-estimé l’importance du storytelling

Chacun d’entre-nous cherche à se projeter dans la transformation de la société. Mais cette projection doit intégrer notre vie quotidienne. Or, la décroissance pose beaucoup plus de questions qu’elle n’apporte de visions.

C’est pourquoi, même quand le prix Nobel de Physique 2021, Giorgio Parisi, déclare que la croissance du PIB est incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique… cela ne marque pas l’opinion.

C’est aussi pourquoi il est si difficile d’imaginer un scénario de film qui dépeindrait la société de décroissance dont nous rêvons et de convaincre des personnalités d’y participer.

Enfin, le mot même de décroissance crée de l’anxiété au sein de la population.

Décroissance, vous avez dit décroissance ?

Plutôt que « décroissance » certains préfèrent parler d’économie circulaire, de redirection écologique de l’économie (Gaël Giraud) et de « prospérité sans croissance » (Bruno Latour, Noël Mamère…).

Lire aussi : Bruno Latour, « l’écologie réussit l’exploit de paniquer les gens puis de les faire bailler d’ennui. »

Ces personnalités rejettent les « discours catastrophiste » (notamment la collapsologie). Pourtant, plusieurs études ont montré que cette perspective peut être motrice d’une mobilisation politique forte, à condition d’y associer une action inclusive et un horizon positif. Sans quoi, on tombe dans le survivalisme individualiste et excluant.

Bref, en évitant de tirer le mot obus de décroissance, refusent d’assumer pleinement la décroissance.

Ils se refusent à affirmer clairement que la décroissance conduira à une baisse réelle et durable du PIB… ce qui constitue une récession. Le capitalisme financier contemporain en prendra un sacré coup. Dans ces conditions, comment financer la police, la sécurité sociale ou les retraites ? L’économiste Éloi Laurent – qui appelle à sortir de la croissance – ne répond pas directement à ces questions.

Il ne suffit pas d’abattre le capitalisme pour résoudre tous nos problèmes ».

Delphine Batho

Le socialisme, cela reste du productivisme. Le socialisme ne remet par les causes les logiques patriarcales, ni la culture de la domination ou la philosophie cartésienne qui pose l’humain comme possesseur de la nature.

Autre question : comment rationner ou plafonner la consommation pour lutter contre le productivisme ? Quels instruments utiliser pour contrôler le respect de ces contraintes sans qu’une « police de la consommation » n’envahisse la vie privée des citoyens ?

J’espère pouvoir bientôt poser ces questions à ces économistes comme Thimothée Parrique.

Il est certains que, pour gagner en crédibilité, l’écologie politique doit plancher rigoureusement sur ces questions qui fâchent.

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