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Bruno Latour : « l’écologie réussit l’exploit de paniquer les gens puis de les faire bailler d’ennui. »

Bruno Latour a été interviewé sur France Inter, pour évoquer son « Mémo sur la nouvelle classe écologique« , coécrit avec Nikolaj Schultz. Voici ce que j’en ai retenu.

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« Il faut des termes qui suscitent des affects d’adhésion ! »

Pour le philosophe, la force d’un film comme Dont’LookUp est qu’il fait aussi bien la critique du capitaliste (ce « salaud infantile »), que des scientifiques, qui s’avèrent incapables de faire passer leur message… mais se contentent de faire paniquer et bailler le public.

Dans son livre, Bruno Latour se demande pourquoi le système ne bouge pas. Pourquoi l’écologie politique échoue, façon « Dont Look up », à faire bouger les masses ?

Sa réponse : parce que l’écologie se présente comme un socialisme-vert qui veut « limiter le droit de jouir » des populations. Jamais, il ne présente d’alternative désirable.

Ainsi, plutôt que de parler de « décroissance » (un mot qui « n’est pas mobilisateur »), il préférerait que l’on parle de nouvelle prospérité !

Pour ma part, j’utilise le terme de déconsommation, plus personnel et parlant.

« L’écologie politique réussit l’exploit de paniquer les esprits et de les faire bailler d’ennui. »

Bruno Latour et ses paradoxes

Pourtant, dans une autre partie de son échange avec le journaliste Nicolas Demorand, Bruno Latour exprime que la « nouvelle classe écologique » qu’il appelle de ses vœux existe déjà et qu’elle est majoritairement composée de jeunes.

Et il constate que cette nouvelle génération Alpha (ou Greta) ne cesse de crier aux oreilles des générations précédentes : « vous êtes des enfants, des adolescents [à force de vouloir jouir sans entrave, vous nous privez de notre futur]. Les âges se sont inversés !« 

C’est donc bien que l’écologie revendique une limitation des libertés individuelles, dans l’intérêt du genre humain. Ce qui, il faut l’avouer, n’est pas très vendeur ! Il suffit de voir les polémiques que suscitent les prises de position de Sandrine Rousseau pour le comprendre.

Bruno Latour le dit lui-même : « nous sommes en interdépendance« .

Or, son idée de « liberté d’interdépendance » est en opposition avec celle de « liberté individualiste » actuelle.

Nous sommes donc assez proches d’un Macron qui assène sans cesse que les devoirs passent avant les droits. Mais, pour Latour, le bien être commun passe avant le droit de jouir !

« Jouir sans entrave, c’est démodé » ! dit-il en substance.

Alors quoi ? Il faudrait apprendre à « jouir dans les entraves » ?

Et pourquoi pas !?

Oui, ça sonne un peu masochiste au premier abord !

Mais c’est un bon résumé de l’état d’esprit simplicitaire (et épicurien) : trouver la plaisir dans de petites joies d’un quotidien simple.

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Quel est son programme ?

En bon marxiste (Ok boomer) Bruno Latour reprend l’idée qu’une « classe écologique » doit se constituer pour changer le sens de l’histoire.

Cette classe écologique doit s’étendre bien au-delà des bobos des villes et néo-ruraux des champs, et transcender les clivages sociologiques traditionnels. Pour Latour, « toujours opposer les chasseurs et les écologistes est ridicule !« .

Oulah, ya encore beaucoup à faire et de pain noir sur la planche !

Mais quel discours permettrait de réunir tout ce petit monde ?

Celui de la révolte contre un système capitaliste qui « a passé le XXè siècle à nous vendre un développement destructeur [et qui nous] a menti« .

En un mot : nous devons reprendre le contrôle de notre destin ! Nous devons abandonner les fantasmes capitalistes de progrès et de croissance pour revenir à la tradition de « la vie bonne ».

J’avoue que c’est assez convainquant : l’ennemi, c’est le riche exploitants spoliateur, point barre ! J’avoue, ça peut réunir le Gilet Jaune, l’écolo parisien CFDT, le fan de François Ruffin et le Cégétiste dans la même manif !

Le sol de l’extrême droite est un sol mort – tradition, identité – et le sol de l’écologie est un sol vivant !

Bruno Latour

Bruno Latour collapso ?

À la question « combien de temps nous reste-t-il ? » posée par un auditeur, Latour répond : « Oh, 10 ans, 11 ans… ». Ses mots tombent comme un couperet. Et pourtant, personne ne viendra les reprendre. Pourquoi ? Parce qu’ils font autant paniquer que bailler !

Latour ajoute que ce n’est pas la fin du monde qui nous menace.

En effet, « on vivra après [l’effondrement ?]. Mais on vivra mal. Ce n’est pas une comète qui nous menace. C’est une menace intime, existentielle. Difficile à exprimer. »

Voilà pourquoi elle est si difficile à transmettre et à exprimer !

Écouter l’interview dans son intégralité ici.

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