Une rentrée littéraire sous le signe de l’effondrement

Essais, romans, BD : les nouveautés littéraires collapso couvrent les étals des librairies, et suscitent un véritable engouement ! On vous aide à faire votre choix.

En cette rentrée littéraire, ce sont pas moins de 14 livres et BD collapsos qui vous tendent les bras. De quoi faire une véritable razzia !

Lire aussi : Livres et collapsologie : notre sélection spéciale « résilient•e bibliophile »  

L’avenir des simples, de Jean Rouaud

Il est temps de nous soulever contre les “multi-monstres” (GAFAM, Big Farma, banques) qui veulent vider nos cerveaux, nous rendre dépendants aux technologies, nous faire oublier des savoir-faire millénaires (jardinage, auto-construction, jouer d’un instrument). L’écrivain Jean Roudaut nous embarque dans une guérilla économique contre les gadgets, les transports, l’agriculture intensive, le travail abrutissant, la consommation de viande et les actionnaires de Bayer-Monsanto. Le saviez-vous… ? Il y a plus de porcs que d’habitants en Bretagne. 

L’avis de la rédac : galvanisant, mais un peu trop littéraire pour être concrètement utile. Il manque juste une partie “manuel de résistance à l’immonde d’après”. Tiens, c’est un bon titre  ça !

Après le Grand Blanc, de Virginie Decoeurfeu (sortie fin septembre).

Le “grand blanc”, c’est le jour où tout s’est arrêté. Depuis, la terre est redevenue sauvage. Et les hommes sont retournés à la vie simple. Un récit initiatique, écrit dans un style fluide, sensible et poétique. Des mémoires porteuses d’espoir, qui évoquent notre retour à un état de nature, au centre duquel on retrouve l’instinct. Ici, les personnages n’ont pas de nom – on lit “je” ou “l’Homme”… – comme s’ils étaient seuls au monde et qu’il était inutile de les nommer pour les reconnaître.

L’avis de la rédac: une invitation au changement à la fois douce et puissante, lancée par une éco-urgentiste.

vivre

Vivre la simplicité volontaire, de Cédric Biagini et Pierre Thiesset

Dans cette nouvelle édition du livre, initialement publié en 2014, nous retrouvons des habitants des villes et des champs, qui ont décidé de vivre en toute simplicité : sans voiture, ni smartphone, et même sans frigo…

Ces dé-consommateurs, “en grève quotidienne contre le capitalisme”, racontent leurs parcours singuliers de “déclassés volontaires” et surtout leur lifestyle et les trésors d’imagination qu’ils déploient au quotidien pour s’extirper de la société de cons(ommation).

L’avis de la rédac : un cocktail hyper-inspirant pour toute personne qui souhaite passer en mode minimaliste. On ferme ce livre en se disant : “oui, c’est possible !

Et si l’effondrement avait déjà eu lieu ?, de Roland Gori

Le point de vue d’un psychanalyste sur la collapsologie.

Pour Gori, les croyances qui fondaient notre civilisation “techno-industrielle” se sont déjà effondrées, mais nous serions toujours “pris sous les décombres de cet effondrement”. Notre problème est que nous sommes incapables de penser l’avenir. Nous vivons dans une société zombie, dont les mots clés de progrès ou de liberté n’ont plus de sens.

Il nous manque les mots pour inventer un futur inédit. Pour tout comprendre à cette théorie, voici une interview très instructive qu’il a donné au micro de France Inter

L’avis de la rédac : une théorie intéressante, mais gâchée par un mélange de considérations politiciennes (notamment une critique des gouvernements actuels et précédents) et d’interminables phrases au langage ambigu, à la façon d’un séminaire de Jacques Lacan. Bref, on a du mal à s’y retrouver…

Le Grand Paris après l’effondrement, d’Agnès Sinaï, Yves Cochet et Benoit Thévard

L’Institut Momentum fait son come-back avec ce livre qui révèle une vision “collapsologique” de l’Île-de-France du futur. Le scénario est simple : nous sommes en 2050, la France a connu un Grand Effondrement. Les riches sont partis. La crise de la mondialisation a obligé les populations à entrer en autosuffisance. Avec la pénurie de pétrole, le périphérique est devenu un immense potager. Un portrait ultra-positif inspiré des expérimentations post-pétrole de San Buenaventura (Californie) et Birmingham (Angleterre).

Feuilletez-en quelques pages ici

L’avis de la rédac : si vous cherchez le récit d’un futur désirable, vous allez être servi ! Ce portrait d’un Paris sans bagnole, agricole, presque idéal… Un peu trop même. Car tout ce scénario est condition à un “ou presque” qui le fragilise : et si une élite, une bande, refusait ces changements ?

Utopique !, une BD de Vito

Un autre futur désirable, en images cette fois. Avec humour et tendresse, le dessinateur Vito raconte son “monde d’après” : une société sobre, lente, conviviale. Une ode dessinée à la simplicité volontaire, pleine d’autodérision, d’idées inspirantes et, parfois, d’onirisme.

L’avis de la rédac : un récit positif, haut-en-couleurs, qui donne envie d’y croire.

Voyages en effondrement, de Valérie Garcia et Marc Pleysier

Une excellente introduction au sujet, avec une jolie pointe d’humour et de second degré qui n’est pas pour nous déplaire à Escape the city… bien au contraire !

Les auteurs, habitants de l’éco-lieu “La ferme légère“, tentent de définir l’effondrement, ses contours, ses conséquences et, surtout les façons d’agir pour s’y préparer.

Lire notre entretien avec les auteurs : “Il est trop tard pour la transition. Faut accepter les effondrements à venir”…

Cursus fin du monde, une BD de Robin Cousin

Pour survivre au collapse, il va falloir retourner à la fac. Pourquoi ? Parce que seule les sciences peuvent sauver le monde… non pas en inventant des technologies géo-machin truc,  mais en faisant appel aux sciences-sociales : anthropologie, sociologie… Un bel album, où on croise le Chthulucene de Donna Haraway et où l’on apprend que c’est dans un petit coin de votre cerveau qui se nomme striatum que naissait l’hormone de la récompense à laquelle les réseaux sociaux nous rendent accro.

L’avis de la rédac : une lecture stimulante, qui a l’intérêt de ne pas tomber dans l’idéalisme de certains ouvrages et de poser clairement la question de la violence sociale dans le cadre du collapse. Un point de vue qui change du mythe d’une civilisation de bobos inoffensifs. 

Trop tard pour être pessimiste ! Ecosocialisme ou effondrement, de Daniel Tanuro

Un vigoureux pamphlet anti-capitaliste et éco-socialiste. Pour l’auteur, le capitalisme ne peut pas devenir vert. Le green new deal est un mythe, car le capitalisme ne peut sortir de la contradiction entre “l’infinitude de l’accumulation du capital et la finitude de la planète.”

Mais par quoi changer le système ? Un éco-socialisme fondé sur le tryptique : “produire moins, transporter moins, partager plus”.

Pour en savoir davantage sur l’éco-socialisme, voici un entretien d’1h30 avec Daniel Tanuro, intitulé “Ecosocialisme ou barbarie“.

L’avis de la rédac : Tanuro n’est pas un collapso. Il rejette d’ailleurs le point de vue effondriste, qu’il juge cynique et fataliste. Ses analyses du capitalisme sont cependant très intéressantes. Et il a l’art de la punchline, du genre : “on ne change pas un glouton en mouton“. De quoi faire quelques pancartes pour la prochaine manif d’Extinction-Rebellion !

Et toujours les forêts, de Sandrine Colette

On glisse ici un magnifique roman post-apocalyptique, qui raconte l’histoire d’un futur caniculaire où l’air est rare, la terre sèche, les pluies acides et la vie souterraine… jusqu’à une grande explosion. Esseulé dans une ville agonisante, Corentin va devoir survivre et sauver Augustine, son arrière grand-mère.

L’avis de la rédac : il y a du Robert Merle (Malevil) là-dedans. Un peu de La route de Cormac McCarthy aussi. Une histoire et un style qui tiennent en haleine. Une fable écolo et presque prophétique. La morale de l’histoire ? Même s’il n’y a plus ni refuge, ni d’espoir, il reste le forêts.

Il était une fois après l’effondrement, de Mickaël Feuillet

Un thriller post-collapse (moins sci-fi que la série “Après l’effondrement” de Christophe Martinolli) et un peu plus dark. Nous sommes en 2053. Le monde s’est déjà effondré depuis 20 ans. Alex, l’anti-héro, tente de survivre dans une ville en délabrement. Mais un cri va l’arracher à son quotidien de débrouille.

L’avis de la rédac : attend de lire le livre, mais ça met l’eau à la bouche !

Générations collapsonautes, de Yves Citton et Jacopo Rasmi

Le point de départ de ce livre est la quasi-certitude de l’effondrement. Sur cette base, les auteurs (profs de littérature et de cinéma) envisagent la mutation vertigineuse que doit accomplir l’humanité pour survivre. Un changement d’une ampleur que “nous ne parvenons pas à croire” et qui nous hante. Alors comment dépasser cette peur qui nous paralyse  ? Réponse à l’intérieur du bouquin  ! -No spoiler rule

L’avis de la rédac : on aime l’exploration des scénarios d’effondrement, à la façon de cinéastes qui préparent un catalogue de films catastrophes pour Hollywood. Très inspirant (quoiqu’un peu flippant).

Voilà ce qu’en pense Vik GN, un survivaliste traditionnel, xénophobe et complotiste… (ben oui,  autant aller voir l’avis des premiers intéressés !)

Effondrement ou révolution ? De William Clapier

Le théologien William Clapier regarde l’effondrement sous l’angle de la spiritualité. Au risque de tomber dans le millénarisme new-age, il appelle à une transformation de nos modes de vie “à partir du spirituel ”  : lien avec la nature, éco-humanismes, sursaut intérieur…

L’avis de la rédac : un angle qui détonne, une plume solide et dynamique. Une lecture qui donne envie de se mettre au yoga du matin et d’arrêter de se moquer des gens qui enlacent des arbres. Utile et agréable  !

 

N’ayez pas peur du collapse !, de Loïc Steffan et Pierre-Eric Sutter

Quand deux  psys parlent de collapsologie, ça donne une lecture…étonnamment réjouissante  !  On y découvre les ressorts cachés de notre inconscient, les raisons de certains de nos comportements. On y lit des témoignages  inspirants.  Un dernier chapitre de méditations philosophiques pourra même convaincre les plus spirituels d’entre-vous.

L’avis de la rédac  : un livre riche pour les passionnés de psychologie, mais pas que  !