“Les collapso ne sous-estiment pas l’État… ils lui disent merde !” Réponse à Catherine & Raphael Larrère

ecologie et etat

Ahhhh les livres sur l’effondrement se vendent comme des petits pains… il était donc temps que les anti-collapsologues tentent de goûter à leur part du gâteau ! Vite un énième bouquin ! Et hop : voici le nouvel essai de Catherine et Raphaël Larrère (Le pire n’est pas certain. Essai sur l’aveuglement catastrophiste, Ed.Premier Parallèle).

L’avantage avec celui-ci est qu’on aura pas besoin de le lire. Le résumé suffit. Le voici : “la pensée des collapsologues freine l’action écologique locale plus qu’elle ne l’encourage“.

Mais oui, mais c’est bien sûr ! Tirons sur le messager ! Haro sur les Cassandre ! C’est vieux comme une tragédie antique, mais ça peut encore rapporter gros.

Leurs interviews, données aux Inrocks, Usbek & Rica, France Inter, L’ADN, Libé, Alter Eco, et toute la presse mainstream (qui n’attendait que ça ?), sont édifiantes. Bon, c’est plus ou moins toujours la même, faut dire qu’ils sont rodés !. Une promo digne du dernier film écolo-bobo de Guillaume Canet.

On y découvre que la collapsologie serait un truc de droite “individualiste”, sous prétexte qu’elle appelle à une organisation de la société en petites communautés, immédiatement ramenées à des “entre-soi” (séparatisme, vous avez dit séparatismeeeuh ?).

On y décèle une croyance aveugle dans l’État-Nation jacobin. Comme si la seule validation d’un diplôme de médecine par un organisme central d’Etat (Nazdarovia, tovaritch !) assurait que le médecin en question soit compétent.

Comme si, seule une bureaucratie centralisatrice pouvait organiser la vie d’un peuple (alors, c’est vrai, en Chine, ça marche supeeeer bieng !).

Comme si le concept de Nation avait encore une réalité… et n’était pas une construction politique qui craque désormais de toute part (re-coucou le “séparatisme”) !

Bon sang mais quel occidentalo-centrisme !

On y comprend qu’en bons marxistes, les Larrère considèrent que la métastructure politique doit primer sur tout le reste… et que les apolitiques sont de facto “de fieffés réactionnaires de droiiiiiiite”.

Lire aussi : Quels bouquins offrir à un collapso-sceptique ?

Ok boomer !

D’un côté Greta Thunberg, Jamie Margolin et tant d’autres qui ont moins de 30 ans, arpentent le monde en gueulant l’imminence de la catastrophe… pendant que des collapsonautes lâchent leurs vies d’urbains pour la campagne, ou se mettent à l’autosuffisance, au potager urbain, s’équipent, se forment et s’organisent.

De l’autre, les sieurs Larrère – qui ont eu fêté leurs 30 ans sous Giscard – s’inquiètent, depuis le canapé de leur salon-bibliothèque, que ces jeunes n’aient ni leur carte du Parti, ni même celle d’électeur ! Et, surtout, qu’ils choisissent de changer DE monde, plutôt que de changer LE monde… ce à quoi tout le monde jusqu’à présent (consorts Larrère compris) a échoué depuis 50 ans.  

Sorry boomer.

Mais la génération collapso ne sous-estime pas l’état… elle lui dit merde. Nuance.

Je lisais quelque part cette définition de l’État (dont j’ai oublié l’auteur) :” n,m. monstre impuissant, surendetté, gangrené par les lobbies et mû par des chefaillons craintifs”.

Non l’Etat n’a pas “tenu” durant la crise du covid. L’État a fait crédit. Nuance. Et qui va payer l’hyperdette ? Les Larrère ou les trentenaires ?

Ce qui a tenu, c’est une société de domination qui oblige à risquer sa vie (ou celle de ses enfants) pour aller bosser dans des hangars de drive ou des bureaux rendus inutiles par le télétravail et les tiers-lieux. Le tout sous la menace de ne plus pouvoir payer son loyer… que les rentiers sont toujours autorisés à toucher à 100 %, alors que l’Etat se vide les poches pour “soutenir les entrepreneurs”. W.T.F !?

Ce qui a tenu, ce sont des équipes de soignants abandonnés à leur sort et au système D. Où était l’État quand ils s’échangeaient des tutos “transforme ce sac poubelle en surblouse” !?!. Et quel soulagement pour tous ces soignants, quand les administratifs (bureaucrates d’État, justement) sont allés se faire confiner ailleurs !

Non, les systèmes complexes ne sont pas “agiles et résilients”. Comme le cerveau humain, ils ont l’art de se mentir à eux-mêmes et de se voiler la face derrière des écrans et des concepts fumeux (comme le développement durable et la croissance verte), plutôt que d’assumer le réel.

La preuve ? Demandez-vous ce qu’il reste de la fameuuuuuse “convention citoyenne”… (si vous ne le savez pas, c’est par ici).

Non, l’Etat décidément ne tient pas (ses promesses).

Sorry, boomer.

Nous n’avons plus le temps d’attendre qu’un•e tel•le gagne les élections et qu’i/el réforme l’irréformable.

Désolé, mais quand l’Amazonie, le permafrost, les pôles et les grands glaciers arrivent ensemble, à un point de non-retour et entrent dans un cercle d’autodestruction… THERE IS NO ALTERNATIVE. Ce TINA-là, il est plus fort que toi !

Sous prétexte que ces mots ont été utilisés par les néo-libéraux Reagan et Thatcher, ils sont devenus tabous, intouchables, infectes aux fragiles oreilles “de gauche”.

Et pourtant, l’effondrement leur donne un nouveau sens. Un sens que vous n’entendez pas, car vos oreilles sont bouchées par la cire dont on a embaumé, voici 96 ans, le camarade Lénine.

Une partie de la gauche prend les effondristes pour des anars sauvages qui n’attendraient qu’une chose : que la nature se charge de ce que la révolution n’a pas réussi à faire : abattre l’État.

Si c’est votre cas, détendez-vous : ça fait bien longtemps que le libéralisme a pris les choses en main, avec un succès inégalité et l’assentiment renouvelé de la majorité du corps électoral !

Less talk & more action, baby !

Nous n’avons plus le temps d’attendre l’avènement d’un impossible néo-capitalisme coopératif-écolocial à tendance rocardienne. Y’a plus le temps pour les campagnes Instagram sur #vivelecare ou #letempsestvenu. Le # du moment, c’est ExtinctionRebellion !  

Le peu de temps qu’il nous reste, nous devons le passer à aider ceux qui nous entourent à prendre conscience des périls qui menacent notre mode de vie à court terme. À convaincre nos voisins d’aller vers l’autonomie en eau, en bouffe, en sécurité et en énergie. Nous devons le passer à apprendre comment vivre avec moins, sans argent et, surtout sans État. Ou pire, avec un État qui se retourne contre les populations au nom d’intérêts privés !

Le collapso est un anar sur les bords. D’accord. Et ça fait peur aux vieux hommes/femmes blancs. Mais détendez-vous. Ça va bien se passer.

Pendant que ces messieur-dames dissertent sur la Res Publica, y’en a qui préparent de quoi leur fournir à boire et à manger et se soigner, pour le jour où il n’y aura plus de chose publique, et où certaines “firmes-États” auront les coudées franches pour réduire la population en esclavage, à son service. Eh oui, ça se passe souvent comme ça chez McCollapse ! 

Voilà, vous savez tout; mais vous pouvez quand même lire leurs interviews ou leur bouquin…

À voir : le débat entre Pablo Servigne et Catherine Larrère dans l’émission Arrêt sur Images (accès réservé aux abonnés).