À quoi ressemble un collapse ? L’exemple de l’effondrement de l’URSS

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À quoi pourrait bien ressembler un effondrement du système capitaliste ? Et si le collapse du système communiste pouvait nous aider à y voir plus clair ? Avertissement : toute ressemblance avec des situations existantes ne serait que pure coïncidence 😉

Les sociétés implosent et s’effondrent sous le poids de leurs difficultés internes. C’est ce que nous apprend le best-seller Effondrement de Jared Diamond (2009). Il note souvent une combinaison de facteurs structurels (sorte de lente agonie) et conjoncturels (un conflit, un krach financier, une explosion comme à Beyrouth).

D’ailleurs, comme l’écrit l’essayiste Vladimir Fédorovski : pour obtenir un collapse, il faut une sorte « d’alignement des planètes », avec plusieurs phénomènes politiques et économiques qui combinés.

Pour en savoir plus sur le processus d’effondrement, je vous renvoie à mon article sur le Liban.

Lire aussi : L’effondrement du Liban : laboratoire à ciel ouvert du collapse

Dans le cas de l’URSS, nous somme face à un effondrement économique ET politique, dont les origines sont, avant tout, sociales. C’est du moins la thèse de Dmitry Orlov dans Les cinq stades de l’effondrement (2016). Il y montre comment, sous une apparente stabilité, la société soviétique s’est transformée, à tel point que l’État s’en est trouvé affaibli et a fini par s’effondrer sous le propre poids de ses contradictions. Enfin, la Russie contemporaine s’est (re)construite sur les ruines de l’URSS.

L’URSS : 20 ans d’effondrement

Je vous laisse apprécier les parallèles avec notre actualité européenne…

Tout commence dans les années 70. La population soviétique n’a plus ni espoir, ni idéal. Le régime a sombré dans le conservatisme et l’immobilité. On retourne à un système aristocratique de castes et de dynasties.

La seule obsession des dirigeants (les apparatchiks) : maintenir leurs privilèges. La classe moyenne, elle, aspire à plus de liberté/mobilité et les ouvriers à de meilleures conditions de vie. Nous avons donc trois groupes aux intérêts divergents qui vont écarteler le régime.

L’économique soviétique se dégrade lentement : l’agriculture locale ne suffit plus à nourrir la population. L’industrie, accaparée par la production d’armement (16 % de son PIB), est en déroute. À Moscou, les coupures d’électricité sont courantes, et l’essence rare. Les magasins d’alimentation manquent de légumes et de fruits. On connaît une pénurie de savon, de sucre et de fromage. Le marché noir se développe. On note aussi une montée de la criminalité, de l’alcoolisme et des suicides…

Comme l’écrit l’historien Andreï Amalrik, dans l’U.R.S.S. Survivra-t-elle en 1984 ? (un livre interdit que l’on s’échange en secret) toutes les prévisions prouvent que le pays va droit à la ruine. L’URSS est un grand corps malade. Amalrik sera poursuivi et finira au goulag.

Malgré tous ces signaux, les apparatchiks restent aveugles à la crise sociale qui se noue – Emmanuel Todd le montre très bien dans La chute finale (2004).

Pourquoi ? Car les dirigeants regardent ailleurs : vers l’Occident qui les fascine. De plus, les foules se pressent encore lors des grands événements politiques. Tout va très bien Madame la Marquise !

C’est alors qu’entrent en scène « les réformateurs » !

Nous sommes en 1985. De plus en plus conscients que « ça ne va plus », les apparatchiks tentent de sauver le système par des réformes structurelles radicales. Ils font donc appel à des « réformateurs » qui pensent transformer le pays grâce à quelques mesures, plans et autre projeeeeets. Leur champion : Gorbatchev. Un outsider, jeune (54 ans) et anglophone. Il n’a pas fait la second guerre mondiale et n’est pas issu du KGB. Cet agronome a connu une progression éclair au sein du gouvernement. Il a souvent voyagé à l’ouest.

Pour en savoir plus, je vous recommande l’écoute de l’épisode d’affaires sensibles (France Inter) consacré aux coulisses de la chute de l’URSS : par ici.

C’est alors qu’interviennent deux catastrophes : Tchernobyl et l’énorme scandale d’espionnage dit « l’Affaire Farewell ». Ces deux événements vont révéler l’incurie du sommet de l’État.

De 1982 à 1985, un agent double issu du KGB, le fameux Farewell, va livrer des informations à l’Ouest. Ses opérations vont « contribuer à changer les grands équilibres nés à l’issue de la Seconde Guerre mondiale », affirme l’historien Marc Ferro. Surtout, l’affaire va couper la tête du KGB, qui perdre énormément de pouvoir… permettant à Gorbatchev de gouverner avec des mains relativement libres.

En 1986, l’explosion de la centrale de Tchernobyl, c’est la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire. Après plusieurs jours de déni, l’Union soviétique reconnaît qu’un accident très grave a eu lieu.

D’après la sociologue Michèle Descolonges, Farewell et surtout Tchernobyl vont agir comme des révélateurs des faiblesses de l’URSS. La vétusté technologique de ses centrales et l’incompétence de ses dirigeants face à la crise éclatent au grand jour.

La population prend alors conscience qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion.

À partir de 1986, les mouvements sociaux vont se multiplier, sur fond de pénuries. Gorbatchev en profite pour justifier la glasnost et la perestroïka : de grandes réformes de démocratisation et de libéralisation économique. Une mise en œuvre de la Stratégie du choc (théorisée par Naomi Klein) avant l’heure !

Mais, à Moscou, les patrons du complexe militaro-industriel soviétique (qui ne veulent pas d’une perestroïka qui réduira les investissements militaires) et le KGB (qui refuse toute transparence), préparent la chute de Gorbatchev.

En 1989, l’impensable se produit : le nouveau gouvernement de Budapest ordonne à ses soldats de retirer les barbelés sur sa frontière avec l’Autriche. Gorbatchev dit de laisser passer. Il ne veut pas de victimes. C’est ça, la vraie révolution. C’est l’effondrement de la première carte du château soviétique. Le basculement des dominos conduira à la chute du mur de Berlin.

Les apparatchiks comprennent alors que le système ne tiendra plus longtemps. Ils poussent pour l’adoption d’une « loi sur l’Entreprise », qui permettra aux hauts fonctionnaires-patrons de faire main basse sur les entreprises qu’ils dirigent, sur les ressources naturelles et le pouvoir économique. C’est la naissance d’un “capitalisme oligarchique” que décrit très bien l’économiste Cédric Durand. Le champion des oligarques : Boris Eltsine, qui rend, symboliquement, sa carte du parti.

Très vite, un vrai-faux putsch contre Gorbatchev est organisé par le KGB. Eltsine y met fin à lui tout seul, apparaissant comme le héros du moment. Dès lors, Gorbatchev a perdu la main. Le 25 décembre 1991, en direct à la télé, il démissionne.

À Paris, Washington et Londres, personne ne se doutait que ce jour de Noël 1991 serait le dernier de l’URSS. Personne, n’avait prévu cet enchaînement d’événements.

C’est alors que tout s’effondre pour de bon

Les salaires et les retraites ne sont plus payés, l’inflation grimpe à 2500 %, le Rouble plonge, le troc renaît. Eltsine, nouvel homme fort du Kremlin est la privatise tous les services publics, qui « tombent » entre les mains d’apparatchiks.

Dès lors, les mafias, hommes d’affaires et KGBistes s’allient pour faire main basse sur les « bijoux de famille ». L’État est littéralement « à vendre ». Les narcos rachètent une partie du stock d’hélicoptères militaires, l’arsenal d’armes est vendu au plus offrant, les oligarques s’auto-proclament PDG des fleurons nationaux.

Avec la complicité des banques occidentales, ils feront sortir du pays 120 milliards de dollars par an, pendant qu’un russe sur deux ne mangeait plus à sa faim.

Tous ces faits sont racontés par Arcadi Vaksberg dans La mafia russe. Comment on dévalise le pays depuis 70 ans, publié en 1992 et qui reste d’une troublante actualité !

Bref, la boucle est bouclée. D’ailleurs, les Russes utilisent désormais le mot de «dé-mo-cra-tie» (en prononçant le ‘T’), ce qui, en russe, veut dire les «démocrates-voleurs».

Au printemps 1996, Elstine malade, alcoolique et corrompu ne survivra à son abyssale impopularité que grâce au soutien de Washington, Berlin et Paris. Réélu, il remettra tous ses pouvoirs à son fidèle premier ministre, le délicieux Vladimir Poutine… la marionnette est devenu le marionnettiste.

La Russie ne s’est jamais relevée de l’effondrement soviétique

D’après l’économiste Vladimir Yefimov, les populations des pays de l’ex « bloc communiste » ont constaté un recul de leur niveau de vie et un creusement des inégalités.

Dans ses rapports, l’OCDE constate, en effet, une baisse de 50 % du pouvoir d’achat entre 1990 et 2000 et un taux de pauvreté record (1 russe sur 4 serait touché). Les filets de protection sociale ont disparu. La démographie Russe est d’ailleurs en plein déclin : le taux de natalité a plongé, la mortalité infantile à explosé et l’espérance de vie a fortement reculé (autour de 60 ans pour les hommes).

Et c’est sans parler de l’affaissement des niveaux d’éducation, de recherche, d’industrialisation, de qualité de l’air et de l’eau (la mer de Barents est devenu un dépotoir nucléaire). Dans le même temps, la corruption et les comportements maffieux se sont installés.

Cette situation est due à ce que l’historien Bruno Drweski nomme « l’émergence d’un système capitaliste hybride et autoritaire », où l’ancienne nomenklatura (les dignitaires du Parti) s’est recyclée en PDG à la tête des grands conglomérats nationaux.

Pour les Russes, c’est le système D. Ce que l’OCDE nomme joliment des « ressources alternatives de survie » : petits boulots, potagers partagés, travail au noir.

L’économie Russe dépendante de sa rente fossile

Le pays exporte du pétrolière et du gazière (46,4 % des ressources budgétaires), mais aussi du nickel, des diamants et de l’aluminium. Cette dépendance à l’exportation des ressources minières explique – en partie – les interventions Russes en Ukraine (dont la Russie convoite le gaz) et le soutien à Bachar-El-Assad en Syrie (avec qui la Russie a signé de juteux accords de prospection pétrolière). Mais que se passera-t-il lorsque l’Europe pourra se passe de ces ressources ?

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