maman qui pleure

“Papa, maman, c’est quoi l’effondrement ?” Répondre aux questions des enfants

Vos gosses ont déboulé en pleine discussion d’adultes sur l’effondrement. Et les voilà qui posent un tas de questions. Comment répondre à leur curiosité, sans les traumatiser ? Comment leur parler, sans stress, d’un futur qui vous angoisse bien plus qu’eux ?

« Maman, c’est vrai que c’est la fin du monde ? ». La douce voix de Paula, 4 ans, fait taire la discussion animée des grands. Sa question les laisse sans voix, car, malgré la crise sanitaire et le confinement, tout a été fait pour occulter l’inévitable, qu’il s’agisse de la mort ou de l’effondrement de notre mode de vie. Pourtant, ce n’est pas le moment de reculer. Il faut répondre à Paula.

Car la rabrouer – au prétexte que sa question dérange ou qu’il faut la protéger – serait une erreur : il n’y a pas pire pour traumatiser un enfant que de ne pas lui répondre ou de lui mentir. Inutile de s’appeler Marcel Rufo pour le comprendre !

Quelques chiffres : selon une étude parue en 2012 dans la revue Strife, 80 % des américains âgés de 10 à 12 ans sont très préoccupés et ressentent de l’anxiété face aux problèmes environnementaux.

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Pour les gosses, le concept de « fin » n’a pas de sens

En l’absence de réponse, l’enfant risque d’imaginer le pire, voire de perdre confiance dans l’adulte.

Il faut donc profiter de cette irruption soudaine de la question du collapse dans la conversation, pour lui apporter une réponse, avec des mots simples : parler de la météo qui change, de la disparition des animaux, de la pollution en ville… tout cela, Paula le ressent.

Alors, oui, ça fait bizarre de parler de ça, mais si les questions des plus petits nous troublent autant, c’est aussi parce qu’elles interrogent notre propre deuil de la « vie normale ». Et si nous – adultes – vivons un deuil, cela veut certainement dire que nos enfants en vivent un aussi… Mais pas de la même façon.

Il faut savoir que, pour les gosses, le concept de « plus jamais » n’a pas de sens. À leur yeux, rien n’est définitif : ils ne comprendront qu’ils sont mortel qu’à l’adolescence. D’où la difficulté de tout parent à leur faire entrer dans le crâne que faire ceci ou cela c’est dangeureuuuuuux, nom djudjeu !

Pour autant, selon Coline Stordeur, pédopsychiatre à l’hôpital Robert-Debré, « les enfants sont capables de comprendre que nous n’échapperons pas aux bouleversements climatiques »… tant qu’on leur présente les choses avec pédagogie.

Voici une manière, parmi d’autres, de les dire : « Ce qui est extrême ne peut pas durer. Par exemple on ne peut pas courir super vite toute la journée, ou crier, ou sauter à pied joints sans s’arrêter…. On finira vite par s’essouffler. C’est ce qui arrive à notre planète. On l’a forcée à produire plein de nourriture et plein d’énergie pour nourrir et chauffer les gens… et maintenant, elle s’essouffle, elle est fatiguée ».

C’est ensuite que viendront les questions piège et imprévisibles. On vous conseille de potasser votre sujet pour ne pas sécher. Notamment si vous comptez parler de « ces scientifiques qui travaillent à chercher des solutions » ou de « ces lieux où on imagine d’autres manières de vivre ». Ayez déjà 2 ou 3 noms et lieux bien en tête ! Et, attention, hein, on ne parle par d’Elon Musk qui préfère se barrer sur Mars !

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Ne dites pas apocalypse, mais transformation

Souvent, la première réaction d’un enfant face à l’idée de « fin du monde » est la peur de l’abandon.

Il est donc nécessaire d’être rassurant : insistez sur le fait qu’il ne s’agit que de la fin « d’un monde » et qu’il y aura un monde d’après.

Parlez de transformation plutôt que d’apocalypse (même si apocalypse signifie, à l’origine, « révélation » ou « découverte d’autre chose »).

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La reco psycho : attention, les enfants – en particulier avant 8 ans – ont du mal à se repérer dans le temps et notamment à différencier le futur lointain de demain. Expliquez leur bien que cela va durer des années.

En fin, il est primordial d’aider vos gosses à comprendre qu’il y a des solutions et de leur proposer des gestes concrets à faire, pour améliorer la situation : trier les déchets, aider au potager, ne pas gaspiller l’eau…

Les engager ainsi peut va leur apporter de l’optimisme, de l’espoir et du sens. Des sentiments puissants pour les accompagner dans ce climat anxiogène.

Allez, maintenant, c’est à vous de jouer et, n’oubliez pas : si même Disney est arrivé à leur parler d’effondrement – avec le film Wall.E – alors, vous aussi ! 

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