Après l’effondrement, va-t-on vivre comme en Corée du Nord ?

Je me suis intéressé à la réalité de la vie en Corée du Nord, comme un avant-goût réaliste d’un monde post-effondrement. Un exercice qui permet de prendre conscience des grandes priorités du monde d’après.

Avertissement / Disclaimer

Dans cet article, je mettrai de côté les aspects politiques et notamment le côté « sectaire » de l’idéologie du Juche (ou “communisme d’autosuffisance”) qui transforme ses leaders en Dieux.

Mon objectif est de voir comment s’organise la vie d’une communauté en situation de « pénurie de tout » (notamment de pétrole et de technologies électroniques) pour cause d’embargo… Mais surtout d’une gouvernance absurde qui gaspille les ressources dans le fonctionnement d’État policier sur-réglementé, des projets militaires inutiles, des infrastructures disproportionnés ainsi que les dépenses luxueuses de l’intelligentzia.

Malgré le secret qui entoure la vie hors de la capitale, Pyongyang, j’ai tenté d’obtenir des informations sur la vie quotidienne dans les campagnes, loin des décors fabriqués pour les touristes, les cadres du régimes ou des travailleurs privilégiés.

Une population agraire

Nous sommes dans un pays de 25 millions d’habitants, dont 22 sont des paysans. Ce chiffre à prendre avec des pincettes tant il est important : que 90 % de la population soit rurale, on peut le comprendre. Mais, même en 1900, la France ne comptait que 25 % d’agriculteurs.

Dans les champs, on cultive avec des charrues à bœuf. Pas de pétrole, pas de tracteur. Le désherbage des champs de légumes se fait à la main. L’engrais chimique a disparu, au profit d’un compost constitué de restes alimentaires et d’excréments collectés chez les habitants.

Pour info : la sur-utilisation d’engrais chimique dans les années 90 a tué les sols nord-coréens, qui sont aujourd’hui peu fertiles. Au moindre déséquilibre climatique, le pays risque la famine.

Ici toute la terre disponible est cultivée, même les trottoirs des villages et le bord des routes ou des habitations.

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Une population sous-alimentée

9 personnes sur 10 souffrent de carences alimentaires, et un quart de la population aurait un besoin urgent d’aide nutritive. On remarque que de nombreux enfants sont anémiés, et beaucoup d’adultes sont édentés.

Pour se nourrir, on passe par les marchés légaux pour recevoir une ration gouvernementale 400 grammes de nourriture (cela correspond à quelques pommes de terre, alors que l’ONU recommande 600g). Pour compléter, on va au marché noir quand on a des sous. Ceux qui vivent en bord de mer vont pêcher et mangent des mouettes. En cas de mauvaise récolte, certains villageois n’hésitent pas à manger des racines ou de la bouillie d’herbe.

Le déjeuner est généralement constitué de porridge de maïs ou de blé, d’un œuf dur et d’un yaourt. Faute d’électricité et de four collectif, on mange souvent froid. La diversité alimentaire est faible.

Mon analyse : il est probable que les défaillances alimentaires du pays viennent de l’organisation centralisée et planifiée de la production par des hauts-fonctionnaires de Pyongyang qui n’ont aucune compétence en la matière. En Corée du nord, on ne connaît pas l’agro-écologie, ni l’agroforesterie. On cultive industriellement, mais sans intrants chimiques. On peut espérer qu’une société dans laquelle chaque famille ou coopérative de voisins (ici on les appelle les inminban) dispose de plusieurs centaines de m² de potager, cultivé en « permaculture » ou selon des principes naturels, profiterait d’une bien plus grande diversité alimentaire et connaîtrait moins de carences !

Un système de santé en ruines

Ici, l’espérance de vie est de 69 ans environ. Tout le monde connaît une personne souffrant de tuberculose ou du paludisme.

Dans les dispensaires, on trouve autant de médecins qu’en France (1 pour 3 habitants, selon les chiffres disponibles). Ils sont rémunérés en cigarettes, alcool ou nourriture.

Il n’y a pas d’antibiotiques, ni de vaccins, ni de médicaments industriels. La population a donc recours à la « pharmacopée traditionnelle » coréenne, à base d’herbes, de feuilles et de racines. Des méthodes vieilles de trois millénaires.

Quant aux anti-douleurs, ce sont des dérivés d’opium cultivés localement (le Jeong tong pyeon).

Les opérations dentaires ou chirurgicales se font sans anesthésie, ou sous acupuncture. La stérilisation des instruments se fait au feu, à l’eau distillée ou à l’alcool de riz.

Les opérations exigeant une ventilation externe du patient sont délicates, pour cause de coupures régulières d’électricité.

Les machines (radios, scanners…) sont souvent en panne, faute de pièces de rechange.

Évidemment, on se soigne souvent soi-même, et on s’auto-médique avec de la pénicilline artisanale ou du mycin (antibiotique naturel) que l’on mélange à un fruit ou un œuf cru. En cas de maux musculo-squelettiques, pas de chirurgie, mais la chiropractie traditionnelle peut soulager.

Ici, on meurt de la gale, de la rougeole, du choléra, de la fièvre typhoïde, du typhus, du SARS, du MERS. Ces maladies se propagent facilement dans les eaux usées, faute de système d’évacuation adéquat.

En cas de coupure profonde ou de fracture complexe, les amputations sont fréquentes.

Au passage, il faut savoir que la marijuana n’est pas considérée comme une drogue en Corée du Nord.

Conséquence : si le taux de mortalité des adultes est de 9,3 ‰ (contre 9 ‰ en France), celui des enfants est de 30 ‰ (soit 10 fois supérieur aux chiffres français, situés autour de 3 ‰). Et encore, la Croix-Rouge fournit des vaccins contre l’hépatite B, la tuberculose et la poliomyélite pour les enfants.

Mon analyse : la santé est, avec l’eau, l’un des communs à protéger en priorité. Les réserves d’énergie et de ressources naturelles doivent aller en priorité vers la production de médicaments essentiels (antibiotiques, analgésiques, anesthésiants) et aux vaccins. Évidemment, tout ceci doit être gratuit. En parallèle, on peut envisager le développement d’une médecine préventive avec des rendez-vous obligatoires annuels chez un généraliste, un dentiste, un rhumatologue… Il ne faut cependant pas négliger l’intérêt d’une bobologie douce, par les plantes, l’acupuncture, la digipuncture ou l’ostéopathie. Par contre, j’exclus l’homéopathie, qui relève plus de la croyance que de la science.

Un pays déconnecté

Selon certaines ONG, seul ¼ du territoire nord-coréen est relié au système électrique. Dans le reste du pays, les coupures d’électricité sont quotidiennes. Parfois toutes les 2 heures selon la sécheresse des cours d’eau qui alimentent les centrales hydroélectriques.

Les entreprises et commerces fonctionnent donc presque totalement sans ordinateur ou technologie de bureau. Les comptes et la paie sont faits à la main, avec des bouliers.

Certes, il existe désormais un wikipedia local (le Kwangmyong) et l’armée s’enorgueillit de former les meilleurs hackers de la planète. Mais on peut douter du bon fonctionnement de l’un comme de l’autre.

Par contre, le nombre d’ordinateurs (déconnectés de l’internet mondial) augmente en Corée du Nord, et on s’échange sous le manteau des clés USB bourrés de séries et de musiques.

Hors de Pyongyang, les smartphones sont extrêmement rares, tout comme les frigos, les machines à laver ou les télévisions.

Il n’y a pratiquement pas d’éclairage public. Vers 22 heures, la vie s’éteint et les nuits sont noires. Vue du ciel et la nuit, la Corée du Nord est un pays fantôme.

Pour compenser les failles du réseau électrique, beaucoup d’habitants ont un petit panneau solaire made in china sur leur balcon. Mais cela ne suffit pas à assurer une vie de loisirs nocturnes. La plupart des gens sont au lit avant 23h.

Un pays à vélo

On ne voit pratiquement aucune voiture rouler. Et 9 véhicules sur 10 sont des bus de transport public. Seulement 3 % des routes sont goudronnées. Et celles qui le sont… sont difficilement praticables, faute d’entretien.

Par conséquent, on se déplace à pied ou à bicyclette.

Et faute de camion, les transports de choses lourdes se font en « brouette chinoise ».

La Corée du Nord vit comme dans les années 1940

Plusieurs petits détails font penser à l’Europe de la fin des années 40 : une aérogare dont le tableau des départs n’affiche qu’un seul vol, une unique chaîne de télévision et de radio.

Le manque d’électricité et de moyens de chauffage a fait des plumes d’oie ou de canard un produit de luxe, qu’on achète au marché noir pour faire des couettes chaudes.

En absence d’eau courante, on va chercher l’eau le matin au puits, et on la stocke dans sa baignoire.

De même pour les « eaux grises » (pas de tout-à-l’égout) : selon certains observateurs, chaque matin, les citadins descendent leurs seaux hygiéniques pour les vider dans une citerne – qui va certainement recycler ces déchets en compost pour les champs.

Les déchets de la vie sont gérés par des « unités de voisinage » d’une vingtaine de familles (inminban). Elles opèrent un tri et un recyclage de ce qui ne peut être apporté à la décharge publique. Mais, comme le passage des éboueurs se fait aux frais de l’inminban et coûte cher, le « zéro déchet » et la réutilisation sont prioritaires.

La menace du réchauffement climatique

L’été 2021 a été difficile pour les Coréens du nord, qui ont subi des températures de 35 degrés, sans aucun accès à des systèmes de climatisation. Des incendies pourraient ravager les récoltes. D’autant plus que la déforestation massive (visant à augmenter la surface de terres cultivables) assoiffe les sols.

En août 2021, la sécheresse a laissé place à des pluies torrentielles qui ont causé des inondations historiques, détruisant des villages entiers et des milliers d’hectares de cultures. L’agence des Nations Unies pour l’Alimentation (FAO) estime que le pays pourrait bientôt connaître une nouvelle famine.

Mon analyse : pour se préparer à un éventuel effondrement, les priorités sont au nombre de 5 : développer l’agroécologie, replanter des forêts, s’habituer à vivre avec un minimum d’électricité, investir dans un système de santé et de production de médicaments locaux et résilients.

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