gentil petit lapin

“Comment je suis devenu végétarien” : un ex-viandard témoigne

3 ans déjà que notre journaliste a banni la chair animale de son alimentation. Voici l’histoire et le bilan de sa conversion nutritionnelle. 

Nous sommes en mai 2017. Je viens de rejoindre la rédaction d’un hebdo, et on me tend ce livre : Le peuple des abattoirs, d’Olivia Mokiejewski. Le récit d’une journaliste végétarienne infiltrée plusieurs mois dans un abattoir breton. Elle y raconte les conditions de travail difficiles des équarrisseurs, leur milieu social marqué par le chômage de masse et la mauvaise réputation de leur métier.

Je sors de cette lecture plein de questions sur la souffrance animale. Jusqu’ici, devant une belle entrecôte, mon cerveau opérait une dissociation totale entre le bœuf et la viande. Cela ne m’aurait pas motivé à arrêter d’aller chez le boucher… mais, en revanche, l’histoire de ces employés d’abattoirs y est parvenue. Je suis donc devenu végétarien.

Et après 3 années d’expérience, je peux franchement dire que, oui, abandonner la viande, c’est quelques galères. Mais c’est surtout tellement de plaisirs !

Lire aussi : Le potager pour les nuls, level 1 : les tomates basilic

Le saviez-vous ? Selon un sondage de Terra-Eco, 10 % des français envisageraient de devenir végétarien.

« Tu vas manquer de protéines ! »

Crevons l’abcès dès maintenant. Non, les végétarien·ne·s ne s’exposent pas aux carences. Coupons court à tous les fantasmes, en citant une étude de 2016 publiée par l’Académie de nutrition et de diététique américaine : « L’AND fait valoir que les alimentations végétariennes bien menées, y compris le végétalisme, sont bons pour la santé, adéquates sur le plan nutritionnel et peuvent participer à réduire et à accompagner le traitements de certaines maladies. Ces alimentations sont adaptées à toutes les étapes de la vie : grossesse, lactation, enfance, adolescence et âge adulte. » Rassurés ? 

Mais 2 autres idées reçues doivent encore être renversées.

  1. Non, l’alimentation végétarienne NE MANQUE PAS de protéines : elles sont présentes dans les œufs, les produits laitiers, les légumineuses et les céréales (quinoa, boulgour, avoine…).
  2. Non, les végétariens ne manquent pas de fer. Ils le trouvent ailleurs : dans les haricots rouges ou les pois-chiche (hmm, un bon houmous…). On parle de fer non-héminique.
protéines dans les légumes
Ce tableau vous éclairera sur les quantités de protéines que l’on peut retrouver dans les légumes et légumineuses

La reco du pro : comment éviter les carences. On remplace les protéines animales par un mix “pois chiches + semoule” (vive le couscous !) ou “lentilles + riz complet”. Pour le fer, on privilégiera les fruits rouges et les épinards, les haricots secs trempés, le riz complet, les noix et les amandes.

Toutefois, je recommande à tous ceux qui veulent devenir végétarien de prendre un rendez-vous avec leur médecin ou un nutritionniste, pour lui poser toutes les questions qu’ils ont en tête.

Moi c’est ce que j’ai fait. Par acquis de conscience.

Ensuite, j’ai simplement arrêté de bouffer de la viande, comme ça, du jour au lendemain, sans me poser de question ni “sensation de manque”. Eh non, la viande n’est pas une drogue dure.

Bon, ça c’est fait ! Passons à la suite ! 

L’argument en or : ne plus acheter de viande se révéla vite particulièrement agréable à mon portefeuille de jeune travailleur. Mais je n’ai pas choisi de mettre cet argent de côté. Au contraire, j’en profitais pour aller acheter des fruits et légumes bio au marché. Remplir mon frigo pour toute la semaine me coûtait alors près de 50 €. Si en plus de ces produits, je consommais de la viande, j’en aurais eu pour 70 € par semaine. Économiser l’argent de la viande a permis une augmentation qualitative de mon alimentation.

« On ne pourra plus sortir, alors ? »

Ah oui, il faudra aussi vous habituer à ça : les végétariens inquiètent souvent leurs proches. “Ça doit être super dur, comment tu fais ? ” ou “Oui, mais si on va au resto… comment tu vas faire ?“, etc…

Le site Terraeco recense même les meilleurs et les pires commentaires qu’on peut faire aux veggy. Jetez-y un œil, c’est très drôle.

Alors, comment sortir de l’angoisse de ne pas poursuivre sa vie sociale ? 

Personnellement, j’avais très peur de ne plus pouvoir aller simplement au resto avec mes amis. Mais je me suis vite rendu compte que la majorité des restaurants proposent des options végétariennes (pizza 4 fromages, burgers vegans, falafels veggy…). Finalement, l’alimentation végétarienne ne m’a fermé que les portes de certains fasts-food… et, vu ma petite bedaine, cela ne m’a fait aucun mal !

De même, changer de régime ne m’a pas non plus posé de problèmes en soirée ou chez mes proches. D’abord, parce que la majorité des alcools sont 100 % végé – à ce propos, je vous conseille de faire un tour sur le site Barnivore qui recense les boissons alcoolisées végétaliennes. Et surtout, parce que ça n’a finalement contraint personne. Je laisse juste ma part de foie gras à mon voisin lors des repas de famille… et ça fait un heureux de plus !

Tout doux sur le soja !

Durant les 6 premiers mois, mon plus gros défi fut de réapprendre à accommoder les plats. Un peu naïvement, j’ai commencé par me contenter de remplacer le steak par une aubergine. Problème : un steak-frite sans steak, mais à l’aubergine, c’est beaucoup moins fun.

J’ai alors commencé à remplacer la viande par des pâtés de soja (tofu). Cette option résout le problème de la saveur. En revanche, ce choix implique de surveiller avec attention les produits que vous comptez consommer.

L’an dernier, l’UFC Que-Choisir a même lancé une alerte sur la présence excessive de phytoestrogènes et d’isoflavones dans les aliments à base de soja, des perturbateurs endocriniens. UFC-Que Choisir conseille donc, pour un adulte, d’éviter de consommer plus d’un produit à base de soja par jour.

Par ailleurs, le soja se retrouvant aussi dans l’alimentation des animaux d’élevages, faites également attention si vous mangez de la viande. À partir du moment où j’ai renoncé à consommer ces ersatz, j’ai dû me mettre à la cuisine végétale. Et, heureusement, il y a la quiche veggy !

Merci la quiche veggy !

Végétarien mais paresseux, j’ai commencé par me faire des plats faciles à l’aide d’un aliment miracle : la patate ! À la poêle, en purée, juste chaude, avec un soupçon de sel, ce féculent est vraiment le héraut du moindre effort. Avec un économe et une bonne série télé, même l’épluchage devient une promenade de santé.

Mais, un après-midi, j’ai essayé de faire une quiche. Une révélation ! À tous les novices de la cuisine veggy, je dis : “essayez la quiche, bordel !“. C’est simple à faire et hyper gratifiant à réussir. Il suffit de mélanger des œufs, de la crème et du fromage sur une pâte, pour préparer un plat qui peut vous nourrir 3 repas !

Personnellement, je l’apprécie aux épinards (mon légume favori), mais vous pouvez également y mettre des tomates, des courgettes, des champignons… Aussi triviale qu’une quiche puisse paraître, la réussir m’a beaucoup encouragé à persévérer dans mes petites explorations.

Vous trouverez sur un internet une foule de sites pour vous enseigner des recettes végétariennes ou même véganes pour pô cher. Je vous conseille particulièrement Menu Végétarien qui, en plus, développe l’aspect nutritionnel des plats.

Cependant, soyons honnêtes : comme toutes les disciplines, la cuisine, ça s’apprend et vos premières tentatives seront sûrement calamiteuses. J’ai notamment essayé une version végane des pâtes à la carbonara… et j’ai cramé une casserole. Résultat : 5 portions de pasta goût citron. Mais, considérons ces gaffes comme formatrices et sources d’anecdotes rigolotes. Cuisiner soi-même grandit et les maladresses ne gâchent pas le plaisir 😉

Les fantasmes au sujet des végétariens ont la peau dure, notamment le cliché du bouffeur de graines poussant de cris d’horreur devant un steak. Rassurez-vous, la grande majorité d’entre-nous a mangé des plats carnés par le passé. Pour présenter mon rapport à l’alimentation, je reprendrais l’expression du Youtubeur Jihem Doe : « il faut manger avec sa matière grise ».

Nous avons l’habitude de bouffer sans réfléchir et c’est ce qui me dérange. Les questions écologiques, sanitaires, économiques et même d’éthique animale doivent se poser jusque dans l’assiette. Nous ne pouvons pas nous contenter de passer en pilotage automatique dès qu’on sort le tupperware du frigo.

Le choix de ce que l’on mange est un choix politique et économique. Ce qui m’importe le plus, c’est d’en avoir conscience. Et si je dois reconnaître que, parfois, la viande me manque, les conclusions de mes réflexions finissent par m’en éloigner.

En somme, si le sujet de l’alimentation arrive sur la table, je ne blâme pas les consommateurs mais préfère encourager leur curiosité.

Mais pourquoiiiiii ?  

En changeant de régime, j’ai rencontré un accueil bienveillant de mes proches et si vous êtes végétarien.ne ou comptez le devenir, je vous souhaite la même chose !

Toutefois, la question que l’on vous posera souvent est « pourquoi ? ».

Rappelons donc qu’il n’y a pas de raison plus valable qu’une autre de changer de régime. De l’inquiétude écologique à la souffrance animale, en passant par l’économie ou un dégoût gustatif, toutes les approches qui questionneront votre alimentation sont bonnes. Les littératures végétariennes et végétaliennes sont riches et les militants et militantes beaucoup moins hostiles que ne le dit la rumeur.

Faites juste confiance à votre intuition !

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