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C’est quoi l’effondrement ? Le FAQ de la fin de ce monde

Autour de vous, ça parle fin du monde et survie. Mais, entre les tweets à rallonges de geeks du climat et les youtubeurs survivalistes surarmés, vous êtes un peu paumés. Pour vous aider à vous y retrouver, voici un petit F.A.Q de l’effondrement.

C’est quoi l’effondrement ? 

D’abord l’effondrement de quoi ? De notre civilisation thermo-industrielle. Concrètement, ce n’est pas la fin du l’humanité, mais plutôt celle du mode de vie des pays “développés”. 

Voici plusieurs définitions de l’effondrement. 

Primo, la chiante : « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis, à coût raisonnable, à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». Signée Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement et président de l’Institut Momentum. ​

Deuxio,  la version Mad Max : “L’effondrement est le moment où les lois humaines sont remplacées par les lois naturelles” (signée Vincent Mignerot). 

Enfin, il y a la version philo, par l’ingénieur en aérospatiale Arthur Keller : “c’est le passage d’un état d’hétéronomie à un état d’autonomie”. Vous avez 4 heures.

La nôtre : tu passes de 2020 à 1920 en quelques décennies. Bye bye la croissance, la conso, la finance et ta chaudière à mazout​.

Lire aussi : Le dicollapso illustré, pour enfin comprendre le jargon des effondristes

En fait, les effondristes c’est comme des survivalistes !? 

Non, pas vraiment. Les survivalistes (ou “preppers”) se préparent à une “catastrophe” (doomsday) type guerre civile et prônent le “chacun sa merde” en creusant des bunkers. Les effondristes et collapsologues se préparent à la fin de la civilisation industrielle : un processus long, lié à l’épuisement des énergies fossiles et les dérèglements climatiques. Leur philosophie est à l’opposée de celle des survivalistes. Leur devise : “on est tous dans le même merdier”. Leur solution : entrer dans une démarche collective de transition et de résilience.

Les collapsologues c’est une secte ça, non ?

Beaucoup ont vu dans la collapsologie une forme de “millénarisme” : un mouvement spirituel des années 70’s en lien avec la vague New Age prônant la foi dans un apocalypse dont naîtrait une forme de paradis terrestre. 

Mais, selon Pablo Servignes, figure de la collapsologie en France, les bases de la théorie effondriste sont scientifiques. Alors, non la collapsologie n’est pas une “science reconnue”.  Mais on ne trouvera ni mystique, ni bible, ni ésotérisme dans leurs travaux et pas de gourou charismatique (même si Pablo est troooop beau). Ce sont exclusivement des thèses, des faits et des dizaines de personnalités pour les porter.

En fait, la collapsologie est assez proche d’une idéologie. Elle propose une vision du monde alternative et les moyens d’y parvenir. Néanmoins, il faut avouer que “collapsisme”, c’est quand même moche. 

Non mais, vous êtes des pessimistes complotistes ! Les green techs vont nous sauver ! N’est-ce pas ?

Faut l’avouer, y’a un petit côté complotiste à dire que le changement climatique est connu depuis longtemps par les élites qui ont juste décidé de l’ignorer pour gagner plus d’argent, en inventant le “développement durable” ou la “croissance verte”. 

Et pourtant… la géo-ingénierie et les technologies vertes (on appelle ça le techno-solutionnisme) ne pourront pas réparer la planète. Pourquoi ? Pour trois raisons :

1-Chaque solution technologique provoque un nouveau problème : c’est inévitable. La voiture électrique ? Plus polluante à construire qu’une voiture Diesel. Les smart cities ? Obligent à créer des milliers de m² de serveurs enfouis dans des bunkers climatisés, etc…

2-Chaque solution technologie crée un nouveau besoin… et donc un nouveau problème. Ainsi, rendre les transports en commun gratuits réduit peu le nombre de voitures en ville mais augmente le nombre de passagers et donc, à terme, le nombre de bus ou de métro qui roulent. Toujours plus, plus, plus

3-Les technologies censées réparer la planète sont pour… après-demain. Mais aujourd’hui, demain et les autres jours on continue à polluer allègrement. Bref, on abîme la planète pour gagner assez d’argent pour la sauver, façon Elon Musk. Business as usual.

Les seule solutions immédiates et durables passent pas la sobriété et la décroissance. Deux exemples tirés du livre “Le bonheur était pour demain“, de Philippe Bihouix (2019) : 

-diviser par 2 la consommation de viande en Europe réduirait de 30 à 40 % les besoins de céréales et donc l’usage de pesticides. 

-réduire la taille de nos voitures à celle des voitures des années 60 réduirait fortement le coût écologique de leur production, leur poids et leur consommation de carburant.

Et donc, c’est pour quand ? 

Là, on va être 2 fois désolés pour vous. Une première fois parce qu’il est impossible de répondre avec précision. Une seconde fois parce que l’effondrement… a déjà commencé. 

Le collapse, c’est pas l’apocalypse : c’est un processus lent de délitement d’un système. La véritable question est de déterminer le moment où l’on atteint le “point de non retour”. Le moment où il ne sera plus possible de revenir au système actuel (industrie, conso et énergie à gogo…).

Là dessus, certains évoquent 2030 ou 2040 d’autres posent la dead line au big krach financier prophétisé pour 2022… On parle aussi de 2050 qui est la date à laquelle le réchauffement climatique sera irréversible voire de 2100 où la terre pourrait tout simplement être inhabitable. L’important n’est pas vraiment le quand, mais le comment. 

Dans une étude commandée par les compagnies d’assurances britanniques à des chercheurs de l’université Anglia Ruskin évoque une réaction en chaîne démarrant par 3 catastrophes climatiques enchaînées, provoquant pénuries, hausses de prix, krach boursier et ainsi de suite. 

Bref, on tous va finir par vivre comme des Hamish, c’est ça !?

Faut pas exagérer… mais y’a des chances pour que les carrioles tirées par des chevaux reviennent furieusement à la mode. 

Concrètement, il faut imaginer un monde sans pétrole, ni électricité. Un mode de vie d’avant 1945. Peut-être même d’avant 1920…

Pour autant, on va pas revenir dans le passé : certaines découvertes techniques (l’éolien, le poêle à double combustion, le couteau économe), avancées sociales (féminisme, laïcité) et savoirs récents (notamment médicaux) permettront de fonder une autre société… du moins on l’espère. 

On appelle ça le “minimalisme” : au lieu de consommer, on auto-produit, on vit de peu, on cultive son potager et ses relations humaines, on porte des kimonos et on fertilise son jardin avec ses excréments. Adieu bull shit job, métro, selfies. Par contre, vous pourrez toujours prendre l’apéro, jouer au Cluedo et binge watcher le feu de cheminée. 

Et pour ceux qui imaginent un scénario à la Mad Max… on sait aujourd’hui que les crises provoquent plus de coopération et d’entraide que de violence. De nombreux scientifiques (sociologues, psys) ont étudié le comportement des gens pendant les attentats, notamment, et ont mis en avant notre capacité d’auto-organisation. La guerre civile reste possible, mais le scénario de La Petite Maison dans la prairie (en mode solidarité) apparaît comme le plus probable – bon y’aura toujours des méchantes Harriett Olson, ça on y peut rien).

Bon ok, mais on fait quoi pour se préparer si on vit en ville ou qu’on a jamais eu de potager ? 

Si vous êtes un urbain dans l’âme : restez-le ! Le passage à une vie simple ne doit pas se faire contre votre personnalité. Vous pouvez commencer par trouver un lopin de terre à partager avec ses voisins, mieux isoler son appart, réduire sa conso d’électricité, s’impliquer dans sa communauté, devenir progressivement végétarien, constituer un collectif de personnes qui vous protégeront et surtout, commencer à vous former à la vie en autonomie… en lisant ce magazine !

Je ne sais pas par où commencer. Qui peut m’aider à passer en mode “transition” ?

En voilà une belle occasion de vous faire de nouveaux amis ! Vous pouvez vous tourner vers les gens de l’AMAP(Association de culture maréchaîre  ou  “panier bio”) du coin, les réseaux Colibris, Heol… tenter de rejoindre un “café collapso” de votre ville ou passer un message sur les groupes facebook (ici ou ). Bref, vous n’êtes pas seul !

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