stoicisme et écologie

La simplicité volontaire expliquée par ses pères fondateurs

Avant de mettre les mains dans le cambouis de votre transition, prenez quelques minutes pour lire ce recueil de citations sur la vie simple.

Voilà qui pourrait vous donner quelques bases, et peut-être de bonnes idées de lectures !

Les origines : Epicure (de rappel)

En occident, c’est à l’ascétisme grec, aux épicuriens et aux stoïciens antiques que l’on doit les premières réflexions sur « les besoins ».

Épicure distingue les besoins qui nous sont nécessaires (manger, dormir) et les superflus (la richesse, la gloire). Parce que les seconds sont insatiables et vains… il est nécessaire de s’en débarrasser et de « vivre selon la nature ».

Alors, ne dites plus « Ah, quel épicurien ce Gégé, il ne dit jamais non à un gueuleton ! ».

Ce n’est pas parce qu’il prône « d’aimer la vie et d’en profiter sans attendre », qu’Épicure est le philosophe des pochtrons !

Au-delà de ce qui est vital, chercher la richesse est aussi inutile qu’ajouter de l’eau dans un contenant qui déborde“, enseignait le philosophe Épicure.

Au contraire, l’épicurisme enseigne surtout :

  • qu’il ne sert à rien de passer son temps à désirer ce que l’on n’a pas,
  • qu’il existe une multitude de petits plaisirs naturels dont on doit apprendre à se contenter.

Quant à Gégé, il serait plutôt fan de Rabelais.

Pour en savoir plus, on vous recommande la lecture de la lettre à Ménécée d’Épicure.

Henry Thoreau, le premier bobo ?

Fils d’un industriel, diplômé de Harvard, instituteur et membre de cercles intellectuels, Thoreau appartient à la bourgeoisie américaine des années 1830.

C’est son mentor, le philosophe Waldo Emerson, qui lui offre un petit terrain du côté de l’étang de Walden, pour lui permettre d’écrire au calme. Là, il se construit une cabane, plante des pommes de terre, des fèves, du blé, du maïs et se décide à vivre en autarcie.

cabanon de walden de thoreau
Le fameux cabanon de Walden

Mais cela n’a rien d’un ermitage : l’écrivain repasse souvent en ville, à Concord, voir ses amis. Sa vie dans les bois est surtout, pour lui, une façon de trouver l’inspiration, à la manière de Rousseau qui se retira dans la forêt d’Ermenonville. Thoreau n’y vivra que de 1845 à 1847, retrouvant ensuite la confortable résidence des Emerson.

Entre-temps, il reçut la visite d’un agent des impôts exigeant 6 années d’impayés, qu’il refusait de verser à un gouvernement esclavagiste. Emprisonné, il ne devra sa liberté qu’à la générosité d’une tante qui payera sa dette. Cet événement lui inspirera le fameux essai La Désobéissance civile.

Bref, nous sommes assez proches de la révolte d’un premier de la classe : un intello bien né, pris de nostalgie pour une vie sauvage qu’il n’a pas connue, et qui décide de s’offrir, avec l’aide de généreux donateurs, une parenthèse enchantée dans les bois.

Pour autant, cela n’enlève rien à la qualité et à la « force aspirationnelle » de son œuvre !

J’ai la nostalgie d’une de ces vieilles routes sinueuses et inhabitées qui mènent hors des villes… une route qui conduit aux confins de la terre, où l’esprit est libre…
Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie.
Un homme est riche des choses dont il peut se passer.
Henry David Thoreau

Pour en savoir plus sur l’univers Thoreau, on vous recommande la BD “Thoreau et moi” de Cédric Taling.

Les objecteurs de consciences : Mongeau, Ariès, Rabhi

Serge Mongeau, québécois, père fondateur de la simplicité volontaire contemporaine. Il est le premier « objecteur de croissance ».

Pour ma part, il y a longtemps que j’ai découvert que la société de consommation nous enferme, individuellement et collectivement, dans une cage qui nous laisse de moins en moins de choix véritables et de vraie liberté. Serge Mongeau

Les objecteurs de croissance invitent à développer d’autres façons de faire société (coopératives, associations, commerce équitable, circuits courts…). Mais cela est insuffisant, car le capitalisme a déjà fait la preuve de sa capacité à digérer des formes de résistance (mouvement coopératif, commerce équitable, etc).

Paul Ariès est un des principaux objecteurs de croissance en France. Pour découvrir son portrait, rendez-vous ici.

Pierre Rabhi est une icône de la décroissance. Qui de mieux qu’un papi paysan, un vieux sage ardéchois au savoir ancestral, pour lancer un appel à la frugalité et à l’insurrection des consciences ? On lui doit la fameuse légende du colibri.

“Je ne veux pas participer à ce modèle de société qui a donné à l’argent plus d’importance qu’à la vie. Je suis ici-bas pour vivre, je ne suis pas ici pour augmenter le produit national brut”. Pierre Rabhi

Dé-mécanisation et convivialité : Kregg & Illich

Revenir à la simplicité signifierait à coup sûr, pour la plupart d’entre nous, le retour d’une grande quantité de corvées que nos appareils modernes complexes exécutent pour nous.

L’américain Richard Gregg, disciple de Gandhi dans les années 1920, est l’inventeur du concept de « simplicité volontaire », qu’il oppose au fordisme triomphant et au capitalisme dont il dénonce la « cupidité et la compétition ».

Il est un des principaux penseurs de la simplicité volontaire en tant que mouvement politique, visant à « réformer le système économique ». Son programme tient en quelques lignes :

« Un groupe combinant la simplicité de vie, la discipline de la non-violence, et une sage transformation des pratiques économiques et sociales, pourrait acquérir une puissance morale suffisante pour guider et façonner une nation nouvelle (…). Chacun peut y prendre une part utile en vivant simplement. C’est à la portée de chacun d’entre nous. »

Son ouvrage majeur, La Valeur de la simplicité volontaire (1936), a fortement influencé Martin Luther King.

Ivan Illich

Ivan Illich (au même titre que son ami Jacques Ellul) est un penseur essentiel, mais méconnu, de la simplicité volontaire.

Son approche est différente de celle de ses contemporains des années 70. Car, au lieu de dénoncer les valeurs du système économique capitaliste, il met en cause les « outils » qui lui permettent d’exister.

L’homme a besoin d’un outil avec lequel travailler, non d’un outillage qui travaille à sa place. L’outil simple, pauvre, est un humble serviteur, la main, le pied ont prise sur lui. L’énergie qu’il réclame est productible par quiconque mange et respire. L’outil reste convivial dans la mesure où chacun peut l’utiliser, sans difficulté, aussi souvent qu’il le désire. Personne n’a besoin d’un diplôme pour avoir le droit de s’en servir. J’appelle société conviviale une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes.

Par outil, il désigne toute extension du corps ou de la pensée humaine (un marteau, un livre, un site internet, un moteur…).

Pour Ivan Illich, il existe deux formes d’outils : l’outil aliénant et l’outil convivial.

L’outil est convivial est celui qui peut être produit, utilisé et entretenu simplement, sans savoir particulier, ni dépendance envers un autre.

Le vélo est un outil convivial… quand une voiture est aliénante. Car, pour la faire fonctionner, nous sommes dépendants du carburant, d’un garagiste diplômé, d’un assureur. A contrario, pour faire fonctionner un vélo, il suffit de pédaler !

Une société simple est donc une société libérée de ses outils aliénants grâce à des outils conviviaux.

Pour approfondir la pensée d’Illich, on vous recommande le récent essai Ivan Illich et La Société Conviviale de Thierry Paquot (2020).