Delphine Batho, une collapso candidate aux présidentielles !

Parmi les 5 candidats à la primaire des écologistes pour la présidentielle, on croise Delphine Batho, une collapso engagée, promouvant la décroissance. Voici son parcours et son programme.

Députée des Deux-Sèvres, présidente du parti Génération Écologie, ancienne ministre de François Hollande, Delphine Batho est méconnue, mais pas inexpérimentée !

Avertissement

Je ne suis pas (encore) militant de Delphine Batho. Mais, si cela peut médiatiser un peu plus la cause… pourquoi pas. Je me suis donc penché sur son CV, son projet. Et me suis dit que ça pouvait vous intéresser !

Une apparatchik déchue

Il faut le dire, le talon d’Achille de Delphine Batho, c’est son profil d’apparatchik du PS.

Déjà, lors de sa scolarité au prestigieux lycée Henri-IV, elle se trouve dans la même classe que Mazarine Pingeot (la fille cachée de Mitterrand). Ça ne veut rien dire, je sais, je sais…

Dès le lycée, elle entame un parcours de « militante professionnelle » : membre du syndicat lycéen FIDL, puis de l’UNEF durant des études pour devenir volcanologue. C’est là qu’elle rejoint le SOS racisme des années 90 : le vivier de talent PS. Elle y est d’ailleurs repérée par Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon, puis se lie d’amitié avec Malek Boutih. Dans la foulée, elle obtient un poste de chargée de mission au Conseil Régional d’Île-de-France.

Pour quelqu’un qui, comme moi, a grenouillé au PS pendant ses études… Delphine Batho coche toutes les cases du « système PS ».

Ce qui fait avancer sa carrière : Ségolène Royal la prend sous son aile et lui confie sa circo législative de Melle en 2007. Un joli parachutage pour cette parisienne pur sucre.

Poussée par Ségo, elle entre au gouvernement de François Hollande (à cette occasion, la presse révèle qu’elle habite encore un logement social… elle le quitte pour éviter le scandale).

La ministre de l’écologie est qualifiée de « brutale » par ses collaborateurs (on la surnomme Jeanne d’Arc). « C’est une main de fer, elle n’aime pas les compromis, c’est contraire à ses principes« . Après une bourde sur Europe 1, privée de poids politique, lâchée par Ségolène, elle se fera cyber-limoger par Ayrault via twitter. La presse titre : « La coulée verte », c’est méchant, mais c’est marrant.

Pour exorciser cet échec, elle publiera Insoumise (2014), un livre à charge contre la politique de Hollande. On y apprend notamment que la femme de Philippe Crouzet, PDG des aciéries Vallourec, n’était autre que la dir’cab de L’Elysée. Le patron a ainsi pu annoncer le limogeage de Delphine Batho à ses actionnaires avant qu’elle-même ne l’apprenne !

On a donc affaire à une professionnelle de la politique, qui a, semble-t-il, elle-même sabordé sa carrière, en refusant les compromis avec les forces de l’argent. Vous pouvez en tirer les conclusions que vous voulez, mais, au moins, vous êtes informés !

Pour info : Ses parents étaient de talentueux photographes. Sa mère Claude (militante féministe) travaillait essentiellement en noir et blanc, alors que son père, John Batho, est un spécialiste de la couleur.

Taillée pour l’anthropocène

Elle a vécu de l’intérieur le poids considérable des lobbies et des intérêts privés sur la décision publique.

La députée de Melle affirme d’ailleurs que « la haute fonction publique n’arrête pas de faire des allers-retours entre le service de l’État et le secteur privé (…). Il n’y a plus de repères clairs sur ce qui est l’intérêt général par rapport aux intérêts privés (…). Il y a aussi un conformisme ambiant et un manque d’imagination, la difficulté à apporter des solutions et à penser un modèle différent. » (source).

En parlant d’imagination et de créativité, il est vrai que la ligne de sa campagne est assez originale : « la destruction de la nature est désormais une question de sécurité nationale ». Une façon de prendre l’extrême droite à revers.

Même chose, vis-à-vis des gilets jaunes. Cette ancienne socialiste adopte, en effet, un positionnement rarement rencontré. J’ai l’impression qu’elle reprend à son compte le slogan « fin du monde, fin du mois, même combat » (que j’affectionne). Car la député considère que « les gilets jaunes sont le premier mouvement social de l’anthropocène ». Un mouvement opposé à l’hyper-consumérisme, qui dénonce un État valet des lobbys.

Delphine Batho est-elle vraiment collapso ?

La réponse est oui. Et vous allez le voir, son discours assez punchy :

« L’effondrement a commencé. Celui, massif, du vivant est un fait, comme l’accélération du changement climatique. La civilisation du pétrole explose les limites de la Terre. L’angoisse de l’effondrement travaille la société. Soit on laisse les marchands de peur l’exploiter, avec des risques de basculement dans la barbarie, soit on choisit démocratiquement un changement radical, pour organiser notre résilience, notre décroissance, de façon pacifique, solidaire, pour protéger notre sécurité et nos besoins vitaux. » (source).

Bref, « nous sommes dans une situation d’Armageddon. Si l’on faisait la comparaison avec un accident nucléaire, nous serions au moment de la fusion du cœur du réacteur. »

Je crois qu’on ne peut pas faire plus clair.

C’est d’ailleurs la seule responsable politique à utiliser le mot « effondrement » et à le revendiquer !

Pour Delphine Batho, « l’effondrement est un appel à l’action »

En bonne « transitionneuse » militante, Batho réfute l’analyse fataliste du collapse. No doomism ! « Parler de l’effondrement ne signifie pas que l’histoire soit écrite d’avance. »

À ses yeux, le collapse est avant tout un mot « pour dire comment notre civilisation va dans le mur ».

Pour autant, il ne faut pas trop projeter de choses sur le concept d’effondrement : c’est avant tout un mot qui permet de poser un constat : celui de révéler « la dynamique destructrice de l’anthropocène ».

Celle qui a été la procureure (fictive) d’un des Tribunaux des Générations Futures organisé par le mag Uzbek et Rica, reproche aux collapsologues d’être « trop mécanistes sur les énergies fossiles » (whaaat ?), mais dit être d’accord sur l’essentiel. La collapsologie « dit une vérité [à laquelle] les appareils politiques traditionnels refusent obstinément de répondre ».

Son programme ? L’écologie intégrale !

L’effondrement est, pour moi, la pierre angulaire de son programme.

Quand on lit le projèèèèèèt de Génération Écologie, le micro-parti de Delphine Batho, ou qu’on écoute son discours de lancement de campagne, on a l’impression d’y voir une réponse à la menace de l’effondrement.

Déjà, on comprend que la candidate n’est pas une « écolo » du sérail d’EELV : elle rejette « l’écologie homéopathique » ou « connexe ».

Elle est cash : « notre civilisation va au crash » et il faut nous organiser et placer la résilience au cœur de toutes les politiques publiques.

Douce musique aux oreilles d’un gars (moi) auteur d’un bouquin intitulé « Prêts pour l’effondrement ? »

On comprend que c’est un changement de paradigme politique total qu’elle propose. Et cette métamorphose, elle la nomme « écologie intégrale démocratique ».

En un mot : l’écologie doit prévaloir être le cœur des politiques économiques, d’éducation, de santé publique, d’aménagement du territoire… Et l’État-résilience doit succéder à l’État-providence (puisqu’après avoir mutualisé les risques sociaux, il est temps de mutualiser les risques écologiques).

Ce projet radical, elle le déroule dans son manifeste, intitulé Écologie intégrale (2019).

Elle annonce défendre une « autre écologie ». Oui, mais laquelle ? Celle de la décroissance. Son projet est celui d’une transformation de la France. D’ une « nouvelle civilisation ». Ouhlà on a un petit peu forcé sur le « big word dropping » là !

Pour info : Face à la pandémie, elle a affirmé deux principes clairs qui semblent guider le reste de son programme > mettre la science au centre des décisions démocratiques et ne pas infantiliser les gens.

Une candidate anti-capitaliste ?

« Décroissance », c’est le mot-obus que lance régulièrement Delphine Batho sur les plateaux de télé. Un mot qui a beaucoup de mal à passer (personnellement je préfère celui de déconsommation).

Pour autant, sa façon de présenter la chose est intéressante. « La racine du profit, dit-elle, c’est la destruction de la nature. » Malin !

Second argument massue : « le découplage entre la croissance économique et celle des émissions de gaz à effet de serre n’existe pas. La croissance du PIB est fondée sur la consommation d’énergie et de matières. On explose les limites planétaires ».

Au capitalisme contemporain, elle oppose « une économie post-croissance, perma-circulaire et bio-sourcée ». Bon, cette terminologie râpe un peu, mais les écolos comprennent à tous les coups !

Je préfère lorsqu’elle explique « qu’en finir avec le productivisme et le consumérisme n’est pas un sacrifice, mais une émancipation à laquelle de plus en plus de citoyens aspirent. »

« L’écologie est devenue une question de vie ou de mort. »

Le plus frappant dans son discours, c’est la reprise, en filigrane, des écrits de Raphaël Glucksmann (Les enfants du vide, 2018) et du sociologue Bruno Latour, qui oppose « les terrestres aux hors-sols ».

En effet, pour Batho, le véritable clivage politique n’est plus l’opposition « gauche VS droite », ni même « libéral VS social » ou même « optimiste VS pessimiste », mais entre terrien et destructeur, entre protecteurs du vivant, et cyniques aveugles à la Bolsonaro…

Pour info : Lorsque la maire de Poitiers, Léonore Moncond’huy, dit que « l’aérien, c’est triste, mais ça ne doit plus faire partie des rêves d’enfants aujourd’hui », elle crée la polémique. Delphine Batho réplique alors à ses détracteurs : « De quoi rêve la jeunesse aujourd’hui ? Elle rêve d’un monde où il y a encore des éléphants, elle rêve d’un monde dans lequel il y a encore de la forêt amazonienne donc mettons les choses à leur place ! ».

Pourquoi se présente-t-elle ?

Quant à l’union de la gauche – avec les socialistes – elle n’y croit pas : la Gauche n’est écologiste qu’au moment des élections. D’ailleurs, l’union de la gauche, elle s’en fiche. Son truc à elle, c’est l’union du vivant : humain, animal et végétal.

La croissance de l’écologie dans les urnes est trop lente. Plus « que la fonte des glaciers, que les incendies, que les cataclysmes, les catastrophes comme on le voit au Canada, en Sibérie, au Japon (…) La bataille du climat est en train d’être perdue » (source).

Une stratégie qui trouve sa limite aux élections locales.

Au européennes de 2019, elle rejette l’offre d’EELV et préfère construire une liste avec le franco-suisse Dominique Bourg, bien connu des écolos pour son travail avec Nicolas Hulot. Résultat : 1,82 %. À cette époque, la transition radicale ne faisait pas rêver les masses !

Pour autant, la Présidentielle n’est pas (ou plus) une élection d’étiquettes : l’élection de Macron l’a montré.

Pour l’heure, elle n’est encore que la candidate des militants d’Extinction Rébellion, d’Alternatiba et des habitants d’écohameaux qui fleurissent un peu partout, en mode désobéissance fertile. Ce qui ne fait pas (encore) grand monde.

Mais sa voix porte un message qu’il serait bon d’entendre un peu plus souvent dans les médias. Vous ne trouvez pas ?

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